DERRIERE L’AFFAIRE WOERTH/BETTENCOURT : LE SECRET BIEN GARDE

(Créé le 10 septembre 2010 : refus de publication dans les journaux à cause de la censure)

Liliane Bettencourt est la fille d’Eugène Schueller, elle est aussi la femme d’André Bettencourt (ce dernier associé avec le père dans la firme l’Oréal). Eugène Schueller et André Bettencourt, tous deux étaient  nazis. Retour sur un passé sombre échappant à la condamnation pour crime contre l’humanité grâce à la fortune que génère l’Oréal.

Tout commence quand le fondateur du groupe L’Oréal, le père de Liliane Bettencourt, met à la disposition de son ami Eugène Deloncle une grosse partie de sa fortune pour financer la création d’un groupe d’extrême droite et farouchement anti-juifs : le Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR), allias la Cagoule. En 1941, Eugène Schueller collabore avec les autorités allemandes, l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz et du chef de la Gestapo, Reinhardt Heydrich. Cette année là, E.S. met en place le Mouvement social révolutionnaire (MSR). Au siège de l’Oréal sis 14, rue royal à Paris, se tient les réunions du MSR. Leur propagande révolutionnaires s’établit ainsi : «Nous voulons construire la nouvelle Europe en coopération avec l’Allemagne national-socialiste et tous les autres nations européennes libérés comme elles du capitalisme libéral, du judaïsme, du bolchévisme et de la franc-maçonnerie (…) régénérer racialement la France et les Français (…) donner aux juifs qui seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race (…) créer une économie socialiste (…) qui assure une juste distribution des produits en faisant augmenter les salaires en même temps que la production».

Après la guerre E.S. est sauvé in-extrémis d’une condamnation pour collaboration (avec les nazis) par les témoignages de quelques juifs qu’il a aidés pendant l’occupation, l’aide de Pierre de Bénouville, d’André Bettencourt, d’un député ( Max Brusset), du maire de St Maxime et de quelques membres de la résistance. On le décorera de la croix de guerre et de la légion d’honneur !

Quant au Mari de Liliane, André Bettencourt, il fréquente avec son ami François Mittérrand, la Cagoule et dirige entre 1940 et 1942 l’hebdomadaire collaborationniste “La Terre française”, dans laquelle il rédige les chroniques « Ohé ! Les Jeunes ! ». André Bettencourt devient le patron français de la Propaganda Staffel.  Il travaille sous tutelle de Joseph Goebbels, ministre de la propagande et de deux autres nazis (de la Wehrmacht et de la Gestapo). Dans son éditorial il prêchait l’union du Christianisme et du Nazisme et appelait au châtiment des juifs et des francs-maçons. En exemple de ses publications, le 12 avril 1941, André Bettencourt écrit : « Les juifs, les pharisiens hypocrites n’espèrent plus. Pour eux l’affaire est terminée. Ils n’ont pas la foi. Ils ne portent pas en eux la possibilité d’un redressement. Pour l’éternité leur race est souillée par le sang du juste. »

Le 15 février 1941, toujours sous l’égide de la SS, le MSR de Deloncle fusionne avec le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Eugène Schueller, devient la grande référence en économie.  Son œuvre, “La Révolution de l’économie” est classé comme la référence du fascisme français.  Quelque mois plus tard E.S. s’exprime au congrès de l’organisation au Palais de la Mutualité. Il prêche “une révolution préliminaire à la fois d’épuration et de redressement” qui ne peut ” être que sanglante. Elle consistera tout simplement à fusiller vite cinquante ou cent grands personnages “. Dans la même année son ami,  et mari de Liliale Bettencourt, à son tour, écrit dans l’éditorial de Noël: ” Un jour, trente ans plus tard, les juifs s’imagineront pourtant gagner la partie. Ils avaient réussi à mettre la main sur Jésus et l’avaient crucifié ». En se frottant les mains, ils s’étaient écriés : ” que son sang retombe sur nous et nos enfants “. “Vous savez d’ailleurs de quelle manière il est retombé et retombe encore. Il faut que s’accomplissent les prescriptions du livre éternel.”

Quelques jours plus tard  ”la solution finale” fut adoptée par la Conférence de Wansee. C’est ainsi que des millions d’êtres humains vont être exterminés dans le secret le plus total.

La riche et fille unique d’André et de Liliane Bettencourt, peut être en réaction contre ses parents, épouse le petit fils d’un rabbin, Jean-Pierre Meyers. Tous deux élèvent leurs deux enfants dans la religion juive.

Derrière toutes ces affaires, n’y aurait-il pas la volonté :

1) de couler Liliane et ainsi que la gestion de sa fortune aille entre les mains de sa fille qui demande sa mise en tutelle ? Sachant que son avocat n’est autre que Maître Metzer et qui est aussi l’avocat de Dominique de Villepin. Villepin aurait probablement accès à la comptabilité obscure de l’Oréal et pourrait mettre hors de la politique Sarkozy “parce qu’il le vaut bien”.

2) L’examen psychologique demandé par la fille pourrait s’avérer en défaveur de la mère. La gestion du patrimoine toujours sous la main mise de Françoise Bettencourt laisse-elle présager qu’elle renforcera le lobby israélien ? Depuis la démission poussée d’André Bettencourt du conseil d’administration de l’Oréal à cause de son passé nazi, donne son siège au mari de celle-ci.

En effet l’ouverture de l’Oréal en Israël datent du milieu des années 90, la firme fabriquait une ligne de produits utilisant des minéraux de la Mer Morte, baptisée « Natural Sea Beauty », qui est exportée vers 22 pays. Un tiers des rives occidentales de la Mer Morte se situe en Cisjordanie occupée par Israël. Alors que l’ensemble des rivages et des ressources de la Mer Morte sont interdits aux Palestiniens par l’occupation militaire israélienne. Cette ouverture corrobore avec la démission d’André Bettencourt du conseil d’administration de l’Oréal en 1994 et donna son siège à son beau-fils juif, Jean-Pierre Meyers (celui-ci  avait perdu ses deux parents à Auschwitz). C’est à la suite d’un déferlement de révélations de plusieurs affaires identiques à celles que nous vivons actuellement avec l’affaire Bettencourt, mais celles-ci révèlent le passé des deux protagonistes de la firme. Révélations lancés par l’industriel, Jean Frydman, citoyen israélien dont Marianne en fait un portrait louangeur : “A la lumière de ce sentiment [Frydman résistant] s’éclaire son amour de la France humaniste, comme sa défiance non moins vive à l’endroit de l’«autre France», cette France vichyste et xénophobe qu’il a combattue dans l’affaire L’Oréal. Puis, Frydman a mis son expérience au service des responsables politiques israéliens qui rêvent d’une paix de compromis. Dans de très belles pages, Barnavi rend hommage à la sollicitude et à la patience de celui qui aida et conseilla, tour à tour, Yitzhak Rabin et Ehoud Barak”.

En réalité, ce que Marianne2 ne dit pas c’est que Jean Frydman était à la tête de Paravision, une firme audiovisuel de la holding de l’Oréal. C’est parce que l’Oréal est menacé de boycotte par la ligue arabe à cause des agissements de collaborations sioniste, que son dirigeant Dalle convoque Frydman au conseil d’administration pour rendre des comptes. Citoyen israélien, Frydman est accusé d’avoir utilisé Paravision pour détourner les bénéfices personnels, grâce à des achats et reventes fictifs de films, via des sociétés écrans domiciliées à l’étranger et notamment, aux Pays-bas. La multinational l’accuse d’avoir escroqué plus d’un milliard de francs dans l’opération. C’est pour contre attaquer que Frydman s’est évertué à résister contre l’ “autre France”, cette France vichyste et xénophobe qu’il a combattue dans l’affaire L’Oréal”. La guerre entre l’Oréal et Frydman a duré plus de 6 années. Les plaintes déposées pour escroquerie, faux et abus de biens sociaux n’en finissent pas. Mais Frydman joue sa dernière carte et utilise la discrimination raciale, en révélant en dernier lieu le fait que le sénateur André Bettencourt avait écrit plusieurs articles pour un organe de propagande nazie durant la guerre.

L’affaire l’Oréal après de multiples rebondissement médiatiques change de génération, Dalle et André Bettencourt laisse place à Jean-Pierre Meyers et Lindsay Owen-Jones. Ironie du sort, la première fortune de France transmute comme un effet de balancier du côté des victimes juives (comme le symbolique Hôtel Lutetia, racheté par un groupe israélien). Françoise Bettencourt serait donc actionnaire principale avec son mari, eux deux plus enclins que les prédécesseurs à servir ceux que sa famille haïssait. On ne s’étonnera donc pas qu’en 1997, l’Union des congrégations juives orthodoxes d’Amérique décerna à l’Oréal son prix du leadership international.

En juillet 2008, l’Oréal récompensa d’un prix de 100 000 dollars, pour « l’ensemble de sa carrière», un scientifique de l’Israël Weizmann Institute of Science. L’Institut Weizmann, depuis sa fondation, a été un centre majeur de recherches secrètes, de développement du nucléaire, des armes chimiques et biologiques, au service de l’armée israélienne avec laquelle elle entretint des liens très étroits. Il s’agit donc de l’une, parmi beaucoup d’autres, de ces institutions académiques en Israël qui sont complices des violations de la loi internationale et des droits humains des Palestiniens  qui était visées par l’appel au boycott académique du PACBI (Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israël).

Un printemps 56 en 2011 pour tout le Maghreb ?

La Une de l’Express cite : “Les autorités marocaines ont interdit, ce lundi à Rabat, une réunion de soutien aux manifestants tunisiens. Face aux troubles, le régime de Tunis peut compter sur son voisin maghrébin“.  Cette manifestation en solidarité avec la Tunisie, organisée par un collectif d’associations, dont l’AMDH (Association Marocaine des Droits Humains), devant l’ambassade de Tunisie à Rabat a été interdite par le régime marocain. Les autorités marocaines auraient prétexté par “l’impossibilité pour un pays voisin de la Tunisie d’autoriser sur son territoire une manifestation hostile au régime de Zine El Abidine Ben Ali“. Mais les motivations sont toutes autres : Le Maroc tente, tant bien que mal depuis quelques années, d’avorter les révoltes parmi ses habitants.

C’est à Tinghir dans le sud du Maroc, à Al Hosseima dans le Rif mais aussi à Laâyoun (Sahara Occidental) que les tensions sont les plus vives

La colère populaire semble venir de petits patelins, éparpillée, non canalisée, apolitique, et souvent menée par beaucoup de femmes. Les émeutes qui secouent la Tunisie et l’Algérie pourraient fortement secouer le Maroc dans les jours ou les mois prochains. Ce sont les mêmes revendications sociales, les mêmes hogra (humiliation). En Tunisie et en Algérie, c’est une situation identique au Maroc. Désastreuse pour la dignité humaine, la corruption sévit depuis des lustres ou 80% des marocains profitent de celle-ci. Les richesses sont mal réparties et cela dure depuis des décennies.

Les révoltes de Tinghir

Dans la province de Tinghir, un mouvement Berbère s’est révolté le 26 décembre, MAIS BLACK OUT DES MEDIAS. Les évènements de Tinghir que la presse arabophone et francophone marocaine n’ont pas fait l’écho, sont les prémices d’un enflammement qui risque fort de s’étendre. Depuis la création d’une province à Tinghir en 2009, la région est en proie à des tensions constantes à cause des déficits sociaux grandissants. C’est le taux très important de chômage qui frappe un grand nombre de jeunes de la région et les conditions archaïques de l’infrastructure de Tinghir-centre et des régions avoisinantes. Ce 26 décembre dernier, ils étaient 20 000 manifestants à avoir répondu, ce dimanche matin à Tinghir, au mot d’ordre de grève de la Fédération des associations de développement (FAD). Mais la marche pacifique aux revendications de protestations contre la régression des indicateurs sociaux dans la région s’est soldée en émeutes violentes. Des centaines de personnes appartenant à l’aile extrémiste du mouvement amazigh “Guigouch” n’ont eu que faire de l’appel pacifique lancé par les organisations. Les manifestants ont commencé vers 13h à lancer des pierres en direction des forces de l’ordre tout près du siège de la nouvelle province. Des véhicules privés et publics ont été endommagés et plusieurs éléments des Forces auxiliaires ont été blessés, dont certains grièvement. Neuf d’entre eux ont été transportés d’urgence à l’hôpital Moulay Ali Charif d’Errachidia.

A une année de l’approbation Royale de créer une province à Tinghir, le projet de mise à niveau n’est pas entré en vigueur, et la question urbaine reste de loin la plus problématique.  “Les contestataires sont en colère contre l’aggravation des pressions exercées sur les habitants des oasis sur le plan urbanistique, consistant à leur imposer des lois et des conditions irréalisables qui ne prennent compte ni des particularités locales, ni de la nature de la région, encore moins du manque d’infrastructures à même de leur permettre de remplir les conditions exigées “, déplore un communiqué de la FAD de Tinghir, rendu public après la manifestation. Selon la même source, «cette situation a créé une récession sans précédent dans les métiers du bâtiment qui figure comme une source de revenus pour beaucoup de familles et impacte gravement la stabilité sociale dans la région menacée, notamment par la montée en puissance de l’habitat anarchique qui a engendré chez les habitants un sentiment flagrant d’injustice ».

TINgHIR 26 DECEMBRE 2010 : http://www.youtube.com/watch?v=m-M7K5ob5V0&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=m-M7K5ob5V0&feature=related

D’autres régions du Maroc ont soulevé des protestations sans précédent en ce mois de décembre comme celle de la région d’Al Hosseima, les oubliés du régime.

Dans le Rif à Boukidaren (Sidi Bouafif), région de Al Hoceima(*), la colère des habitants a éclaté un vendredi 10 décembre 2010, dès 9h30 du matin suite à l’ expropriation d’une famille et la démolition de son logement par l’autorité du makhzen escortée par des forces de l’ordre.

C’est par une femme que tout a commencé

Le 10 décembre dernier, une femme avec ses deux enfants s’est mise en travers de la route nationale et l’a bloquée en criant ” si je n’obtiens pas mes droits, je coupe la route avec mes deux enfants , face à l’injustice il ne me reste qu’à me suicider avec mes enfants “. En solidarité du courage de cette mère, les habitants se sont exécutés en barrant la route de concert. La route nationale fut bloquée mais les forces de répression, l’armée et la force mobile, ont lancé les grenades lacrymogène et ont tiré des balles en plastique sur la population. Les jeunes se sont rebellés en ripostant par des jets de pierres en criant à l’insurrection de la population. Malgré les premières arrestations et les premiers blessés, les jets de pierres contre les forces de répression ont continué en force. Ce jour là, des voitures ont été brûlées, des estafettes encerclées, et le plus étonnant est que  les forces de l’ordre ont pris la fuite. On compte plus de 30 blessés au sein des forces de l’ordre. D’autres villages environnants comme Tamassint, Imzouren, Aït Bouayach se sont solidarisés avec les habitants de Boukidaren. Les troupes armées venues en renfort de Nador se mobilisèrent toute la nuit de ce vendredi 10 décembre contre les manifestants des villages avoisinants qui ont rejoint les habitants de Boukidaren. Les représentants des associations : diplômés chômeurs, AMDH étaient aussi présents. Le courage des villageois fut exemplaires : des barricades ont été montées pour faire face au déploiement des troupes militaires et des forces répressives. Toute la nuit, les combattants n’ont eu de cesse de répondre aux forces de l’ordre en chantant des slogans de victoire.

AL-HOCEIMA LE 17 NOVEMBRE 2010, VIOLENCE CONTRE LES CHOMEURS : http://www.youtube.com/watch?v=5GocUBFa1SM&feature=related

AL-HOCEIMA RIF MAROC AYT YOUSSEF OU ALI BOKIDAN SIDI BOUAFIF 10/12/2010 : http://www.youtube.com/watch?v=X9IEp8ANRVk feature=player_embedded

Les émeutes de Laâyoune chef lieu du Sahara Occidental

En novembre dernier, le chef-lieu du Sahara Occidental n’est pas sorti du cauchemar de 1999. La situation du Sahara Occidental n’a trouvé aucune solution depuis 35 ans, pour sortir le Polissario des revendications sahraouies d’autodétermination. Pourtant, le Sahara Occidental, à l’inverse des autres régions “marginalisées” du Royaume, reste depuis 35 ans, l’otage des puissances de ce monde. Il l’est surtout du fait des rancœurs entre le Maroc et l’Algérie, résidues de la colonisation. C’est l’endroit du Maghreb le plus observé par la communauté internationale. Le démantèlement du camp Gdeim Izik  à une dizaine de kilomètres de Laâyoune le lundi 8 novembre dernier par les forces de police marocaine ont pu maîtriser les émeutes. Mais pour combien de temps encore ?

Le pouvoir du Makhzen arabe considère toutes ces revendications inutiles du fait de la marginalité des régions berbères mais la révolte des jeunes tunisiens et algériens inquiète fortement le pouvoir marocain. Il y a peu de temps encore, il était impossible pour le peuple marocain de manifester pour défendre ses droits publiquement sans craindre la répression sanglante du régime. Mais depuis quelques années, on assiste de plus en plus à des démonstrations publiques de protestation dans les différentes régions du Royaume quand ceux-là s’estiment mal traités.

Le Sahara, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte et la Jordanie(*) sont passés récemment par ce type de mouvements sociaux. Malheureusement aucune force politique dans la région n’est capable de porter cette colère populaire afin qu’elle puissent retrouver enfin sa marche vers le progrès, avec le respect des droits humains, l’arrêt des spoliations et l’exploitation des peuples de leur région. Le message de cette jeunesse maghrébine pourrait être des doléances comme celles-ci : les gouvernements du Maghreb et du Machrek doivent accorder l’importance de ces mouvements sociaux. Les peuples du Maghreb sont solidaires, ils le sont aussi contre toute les dictatures du Moyen Orient. Les émeutes pourraient être le début d’une revendication populaire unifiée à tout le Maghreb d’abord et pourquoi pas avec le monde arabo-musulman. Ce peuple est aguerrie de sa longue histoire commune. Il semble ne plus vouloir de l’islam politique du monde arabo-musulmans. Les dénominateurs communs des révoltes populaires sont la justice sociale, la gestion des minorités avec le droit à l’égalité des chances. On pourrait y ajouter, le droit des femmes dans une démocratie qu’ils sont en train de réinventer. La tunisie scande “horriya” ! Liberté ! La Liberté de conscience, la Justice sociale, si chères à ces peuples et surtout si chères à l’islam, dans son fondement premier. Aucune bannière religieuse ou nationaliste n’a su respecter ces principes fondamentaux. Enfin, aujourd’hui, personne ne pourra entraver la marche révolutionnaire d’un peuple très jeune qui lui,  sait ce que le  post-modernisme veut dire !

(*) Pour rappel, le tremblement de terre d’Al Hoceima en 2004, a fait 628 morts, plus de 926 blessés, 15.230 sans-abri avec l’effondrement de 2.539 maisons dont 2498 en milieu rural. Ce sont les oubliés du régime, la souffrance des victimes continues à faire partie de l’actualité quotidienne. Les habitants d’Al Hosseima avaient refusé les 30.000 DH proposés par l’Etat estimant l’aide insuffisante pour faire face aux projets de construction de logements décents. Devant le refus des autorités publiques de revoir à la hausse le montant de l’aide, le conflit a perduré malgré quelques tentatives avortées de solution. Il continue encore à envenimer le quotidien des habitants de Tamassint.

(**)Les autorités jordaniennes ont arrêté 51 personnes liées aux émeutes ayant éclaté mardi 4 janvier 2011, dans la ville de Maan (sud) après le meurtre de deux Jordaniens dans un conflit portant sur des emplois, a confié à l’AFP une source des services de sécurité. Le gouvernement jordanien a indiqué mercredi avoir restauré le calme à Maan, dans le sud du pays. Des centaines d’émeutiers ont mis le feu à plusieurs bâtiments publics et à des véhicules de police mardi après les obsèques de deux hommes tués la veille, dans le cadre d’un différend qui a éclaté après le choix d’un entrepreneur des ouvriers devant travailler sur un immense projet hydraulique à Dissi.

 

Synthèse : “De la Liberté” John Stuart Mill, Chapitre IV “Des limites de l’autorité de la société sur l’individu”

Biographie de l’auteur :

John Stuart Mill est né le 20 mai 1806 à Londres, meurt le 8 mai 1873 à Avignon en France. Philosophe et économiste britannique, il est le plus fameux penseur du libéralisme du XIXème siècle. Son père  James Mill qui était aussi philosophe de la verve de Hume, influença considérablement la pensée de son fils; aidé par son ami Jeremy Bentham et David Ricardo. JSM reprend donc la doctrine classique de  l’utilitarisme benthamien et de son père prônant qu’une action est bonne si ses conséquences profitent au bonheur du plus grand nombre. JSM s’en écarte tout de même en développant sa propre théorie : un utilitarisme indirecte. Cette théorie fait référence à une certaine éthique de l’acte juste, qu’on peut nommé conséquentialiste. John S. Mill fait partie de la génération des empiristes. Il fut formé à une éducation rigoureuse, par son père, sous les recommandation de son maître à penser J.Bentham. James Mill souhaitait en faire un génie et le préparer à reprendre leurs idées, pour en faire un grand penseur et continuer à véhiculer l’utilitarisme après eux.

Enfant précoce, JSM appris à trois ans le grec, le latin à 8 ans et à 14 ans il termine son cycle universitaire en histoire, littérature, mathématique, science et philosophie. A seize ans il devient écrivain publique. C’est pendant sa carrière de haut fonctionnaire dans l’administration  des Indes orientales, qu’il écrira la plupart de ses oeuvres. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrage dont les plus connus sont Système de Logique, Principes de l’Economie politique mais aussi Considération sur le Gouvernement représentatif, l’Utilitarisme, la Sujétion des Femmes, son Autobiographie et enfin de la Liberté qui fait l’objet de notre note de lecture. C’est grâce à l’aide précieuse de sa femme Harriet Taylor, qu’il écrira son essai de la liberté. Cette œuvre restera  pour lui la meilleure du fait de sa collaboration étroite avec sa femme qui allait mourir avant la publication de cet essai. Il dira d’ailleurs de cette oeuvre qu’elle fut la « conjonction » de l’esprit d’Harriet et du sien et que peu importe qui porte la plume puisqu’il fut impossible de démêler de la pensée la sienne du sien. Il lui dédicacera l’essai sur la liberté.

DE LA LIBERTE

Chapitre IV : Des limites de l’autorité de la société sur l’individu :

D’emblée, John Stuart Mill pose la question, comme le titre du IVème chapitre en témoigne des limites de l’intervention de l’Etat sur l’individu. Comment l’Etat doit-il se positionner pour garder une mesure équitable entre tous quand il doit réprimer la mauvaise conduite d’un individu tout en laissant à chacun une liberté complète ?

Il débute ce IVème chapitre par trois questions essentielles en y répondant par des exemples concrets avec une habileté démonstrative qui justifiera par ses arguments le projet d’une société libérale idéale :

Quelle est donc la juste limite de la souveraineté de l’individu sur lui-même ? Où commence l’autorité de la société ? Quelle part de la vie humaine revient-elle à l’individualité, quelle part, à la Société ?

John Stuart Mill répond à la première question en lui joignant la seconde comme une suite logique d’une mesure équitable dans la condition que chacune des parties, l’individu et la société, ne se limite qu’à la part qui la concerne plus particulièrement. La société, comme l’individu doit posséder sa propre mesure selon une ligne de conduite envers autrui que chacun doit respecter, seule condition pour vivre en société. Cette mesure doit être fixée par un principe équitable dont le fil conducteur est de deux sortes :

i) ne pas nuire aux intérêts d’autrui ou plutôt de certains de ses intérêts que JSM renvoie aux disposition légales et à un accord tacite;

ii) que chacun assume sa part de travail et de sacrifice dans la société selon ce même principe dans l’objectif de défendre et de protéger la société de tout abus contraire à la loi.

La société détient le rôle de contrôler les actes de l’individu pour empêcher celui-ci de faire du tord à autrui. Mill affirme que la société est en droit et à tout pouvoir pour punir l’individu qui refuse de remplir ses obligations envers la société. Puisque l’individu reçoit protection de la part de la société, il est par conséquent redevable envers elle.

Mill distingue deux sortes d’action :

i) celle qui est préjudiciable aux autres, dans ce cas la sanction de la société s’impose et son jugement doit avoir lieu.

ii) celle entreprise par un individu qui est nuisible ou effectuées sans prendre assez d’égard pour le bien-être d’autrui mais ne risque la violation d’aucun de ses droits constitués, de ce fait l’action mauvaise est subit par lui-même et accepté de lui. Dans un tel cas, Mill exclut  la société de tout contrôle, c’est au rôle de l’opinion de punir justement, par des vexations. Si tant est que cet individu possède la capacité suffisante d’une intelligence ordinaire.

On voit maintenant comment Mill compte réguler équitablement les droits de chacun sans les enfreindre et sans empiéter sur le bon fonctionnement de la société. A partir de ces données exposés précédemment, on voit comment Mill soutient le principe de liberté complète légale et sociale d’agir pour chaque individu. Ce principe de liberté absolue octroyée à chaque individu est par conséquent la limite entre ce qui affecte directement les intérêts des autres membres de la société  et ce qui n’affecte directement que la personne. Cela donne à tous une parfaite liberté d’agir légale et sociale et d’en assumer les conséquences. Ainsi  JSM rend l’individu responsable de ses actions à partir du moment qu’il acquière sont autonomie, il est en droit d’accéder  à la liberté complète. Il argumente par cela, (dans la mesure où n’entre pas en ligne de compte les intérêts fondamentaux d’autres personnes) que tout membre de la société est totalement libre de rechercher son propre bien être, de la manière la plus libre au seul risque de subir la réprobation des autres membres : « Mais personne n’est autorisé à dire à un homme d’âge mûr que, dans son intérêt, il ne doit pas faire de sa vie ce qu’il a choisi d’en faire. Il est celui que son bien-être préoccupe le plus: l’intérêt que peut y prendre un étranger est insignifiant  ».

La réprobation de l’opinion encourue par le coupable dans ce cas précis doit être juste. Cette justice, Mill en décrit les contours : « Nous pouvons exprimer notre aversion et nous tenir à distance d’une personne ou d’une chose qui nous déplaît; mais que cela ne nous incite pas à lui rendre la vie difficile. Il faut penser qu’elle porte déjà ou portera l’entière responsabilité de son erreur. Si elle gâche sa vie en la dirigeant mal, ce n’est pas une raison de désirer la lui gâcher davantage : au lieu de vouloir la punir, il faut plutôt s’efforcer d’alléger sa punition en lui montrant comment éviter ou guérir les maux auxquels sa conduite l’expose. ».

Mill distingue là encore deux sortes de défauts : les défauts personnels ne sont pas  une obligation sociale parce qu’ils n’entrent ni dans l’immoralité ni dans la méchanceté. Ce sont  des devoirs envers soi-même, qui sont selon lui, le manque de prudence entraînant en lui-même un manque de respect ou un manque de développement. De plus en ces devoirs envers soi-même, nul « ne saurait être rendu responsable du bien qu’on fait à l’humanité ». Ce type de personne ne doit subir que la baisse d’estime que les autres sont en droit de lui infliger car ne concerne que lui-même et entre dans champs personnel de l’individualité. Cela signifie que la majorité est en droit de réprouver une conduite jugée dégradante sans pour cela avoir le droit de l’interdire, ou le contraindre à réparer ses fautes par quelque châtiment que ce soit.

Il contrecarre les objections éventuelles qui seraient faites face à ce type d’homme qui ne s’occuperait que de ses affaires personnelles sans s’interroger à la conduite des autres. Un individu égoïste et indifférent aux actions des gens qui n’entrent pas dans leurs intérêts directes. En effet, Mill ne sous estime pas les vertus privée mais mettra en avant les vertus sociales qui seules rendront des comptes à la société. Pour lui, c’est le rôle de l’éducation de les développer toute deux. Comme pour l’éducation, les vertus privées s’accomplissent et s’acquièrent plus aisément par la persuasion et la conviction que sous l’égide du fouet ou de la cravache. En effet c’est par l’école que l’homme, une fois l’éducation achevée et arrivant à maturité, agit conformément à ce qu’il comprend. les vertus privées devrait déjà lui être inculquées. Ici Mill intègre l’idée de liberté et de ses exigences. C’est dire qu’il ne donne pas l’entière responsabilité à l’individu si celui-ci s’avère incapable de gérer sa vie,  par son imprudence, (qui rappelons le, n’empiète bien évidemment pas sur les droits constitués des autres gens). La société « a eu tout pouvoir sur eux pendant la première partie de leur existence ; elle a eu toute la période de l’enfance et de la minorité » pour tenter de leur donner les capacités à raisonner afin de bien se conduire. Si elle échoue, comme le précise JSM « Si la société laisse un grand nombre de ses membres dans un état d’enfance prolongée, sourds à l’influence de la considération rationnelle des motifs généraux, c’est la société seule qui est à blâmer pour les conséquences », alors raison de plus pour ne pas lui donner  le pouvoir de légiférer et de le punir en ce qui concerne ses intérêts personnels. Celui-ci subit déjà les sanctions naturel, c’est à dire le mépris et le dégoût de ses semblables. Si l’Etat persiste à punir ce type d’individu, elle ne fera qu’empirer la situation et transformera l’objet du délit en un devoir d’ « opposition » contre sa tutelle qui prétend le contraindre à la prudence dans ses affaires personnelles. La conséquence sera de faire exactement le contraire de ce que l’État prescrit.

Il prêche d’autres principes de bienveillance désintéressée pour promouvoir le bien d’autrui : Les hommes raisonnables ne doivent pas contraindre le coupable dans ses actions personnelles : « Les hommes doivent s’aider les uns les autres à distinguer le meilleur du pire, et s’encourager à préférer l’un et à éviter l’autre. Ils ne devraient avoir de cesse que de se stimuler mutuellement à exercer leurs plus nobles facultés et à orienter davantage leurs sentiments et leurs desseins vers la sagesse, et non la folie, vers des objets de contemplation édifiants, et non dégradants. ».

Excepté pour celui dont « la moralité est défaillante et odieuse » qui par sa conduite, entraînent le mépris des devoirs envers les autres parce qu’il enfreint les règles nécessaire à la protection de ses semblables. Mill caractérise les « vices moraux » méritant inéluctablement le jugement de la société par la loi : la cruauté, la méchanceté, l’envie, la dissimulation, l’hypocrisie, l’irascibilité gratuite, le ressentiment disproportionné, l’amour de la domination, le désir d’accaparer plus que sa part, l’orgueil et l’égoïsme. Pour ces conduites, la société en tant que protectrice des droits de chacun doit sanctionner d’une manière suffisamment sévère.

Il revient par conséquent à l’État de disposer des conditions matérielles et sociale nécessaires pour que chacun accède à l’épanouissement. Il est à noté que JSM ne cherche nullement à réformer la nature humaine. Il est tout aussi conscient de sa faiblesse et des sentiments abjectes qu’elle est capable de ressentir. Il vise simplement à établir une société juste, seule condition à l’épanouissement de l’homme, malgré sa nature.

Pour éviter toute confusion, JSM insiste pour dire que le coupable tombe sous le coup de la désapprobation morale -ou de la loi- et sort de la sphère privée, non pas pour la cause ni les erreurs qui ont provoqué le préjudice, mais pour le manquement au devoir envers la société ou envers autrui. C’est le degré du préjudice subit par la victime qui sera l’objet du délit : « Si, par exemple, de par son intempérance ou son extravagance, un homme se trouve incapable de payer ses dettes, ou si, s’étant chargé de la responsabilité morale d’une famille, les mêmes raisons le rendent incapable de la nourrir et de l’élever, il mérite la réprobation et peut être justement puni, non pas pour son extravagance, mais simplement pour avoir manqué à son devoir envers sa famille ou ses créanciers. ». Un soldat ou un policier sera punit par la loi car il est dans l’exercice de ses fonctions alors que l’ivresse n’est pas passible de sanction par la loi. Cela fait toute la différence pour Mill.

En définitive, Mill assure que la liberté est la protection contre toute contrainte, la plus redoutable de toutes étant celle d’une opinion publique qui veut imposer ses coutumes et ses croyances. La liberté n’est pas la loi du nombre.

Mill s’oppose donc au sophisme qui fait croire faussement qu‘une majorité aurait toujours raisons et donc qu’elle aurait force de loi pour imposer à une minorité ses visions politiques ou religieuses. Pour éviter que la société ne tombe dans le totalitarisme par l’intolérance de l’opinion publique, il conclu qu’une opinion générale aura des chances d’être biaisée par des considérations personnelles. En effet  l’analyse perspicaces que fait Mill, montre l’esprit visionnaire pour son époque et la préoccupation qu’il avait de protéger entre toutes les libertés individuelles de tous les membres de la société y compris la minorité.

JSM avait conscience qu’un principe que requière la liberté individuelles est de limiter l’action des hommes les uns sur les autres. Que ce principe équitable est régit à la seule sphère de l’argumentation et donc de la vertu privée (le reproche, l’exhortation, les conseils…) condition essentielle pour un vivre ensemble en société. Dans le cas contraire le risque de dégénérer en rapports de force, brutale qui ne résoudraient pas les conflits et porteraient un frein au bien être général par des abus et des persécutions de toute sorte d’un groupe sur un autre. JSM soutient que la  tolérance peut se décliner différemment selon les cultures, les époques et les attentes personnelles de chacun. Mill positionne cette tolérance comme un fondement à la discussion par lequel les individus matures sont capables de reconnaître l’existence de visions totalement différentes du monde et qui peut être préjudiciable si l’opinion publique ne reconnaît pas les droits à la différence.

Ses analyses sur les pratiques différentes en matière religieuses ou politiques sont intéressantes car il confronte les différents cas de figure à sa réciprocité. Mill fait un grand nombre de suppositions sur des faits existants qui seraient une menace à la liberté privée. Il part de faits éloignés comme l’abstinence de la chair du porc chez les musulmans et son  antipathie instinctive envers ceux qui en mangent. La possibilité par sa majorité; d’interdire la consommation de porc à tous ses membres y compris pour les chrétiens, serait perçue comme une injustice flagrante par les non musulmans. Il soulève un autre cas, celui des pratiques catholiques européennes, plus proches de son pays géographiquement et culturellement, qui imposent aux protestants l’abstinence du mariage pour leurs pasteurs ou encore le cas de l’Espagne qui ne tolèrent aucune autre pratique religieuse que celle des catholiques romains. Que dire du puritanisme calviniste et méthodique qui domine la nouvelle Angleterre et le royaume britanniques ? Ce puritanisme par leurs notions de morale et de religiosité menace les amusements publics et privés de son pays car puissants socialement et politiquement. Même une constitution démocratique pourrait donner le droit de véto à son public sur les affaires personnelles des autres. Mill n’épargne personne : les socialistes qui formaient déjà en son temps une police morale et physique pour empêcher les patrons de donner et aux bons ouvriers de recevoir un salaire plus important selon le mérite et la nature du travail ; le Sabbat, qui a pour origine une coutume juive, celle de s’abstenir de travail un jour dans la semaine, est dénoncé par Mill parce que justifiant la législation de l’arrêt du travail le dimanche pour répréhensif du point de vue religieux. Enfin JSM conclue à cette séries de preuves par l’illégitime persécution que subit le mormonisme dans son propre pays sous prétexte de civilisade.

Il prouve donc par tous ces exemples que toute légitimation de la société pour faire des lois qui aurait la force d’interdire aux autres une pratique qu’une majorité prétendrait être inacceptable et donc imposeraient ses vues sur la minorité, ont la même finalité : « L’idée qu’il est du devoir d’un homme de veiller à ce qu’un autre soit religieux est la cause de toutes les persécutions religieuses jamais perpétrées; et si on l’admettait, elle les justifierait pleinement ».

Tous les membres de la société doivent avoir en tête ce principe qu’ils ne peuvent imposer à l’autre ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur impose.

C’est principalement pour toutes ces raisons que John Stuart Mill considère raisonnable qu’on reconnaisse la différence des divers individus, leur liberté d’entreprendre ce que l’individu considère être la vie la meilleure pour lui-même, en lui octroyant une plus large sphère de liberté en accord avec la vie en société. En effet il part du principe qu’il est impossible de prendre comme critère du bien l’universalité absolue dans lequel tous les hommes y trouveraient un fondement dans lequel on déduirait des règles de vie communes à tous ! L’idée maîtresse est que la limite de l’autorité de la société sur l’individu est le principe de non-nuisance à autrui.

LES LIMITES DE LA COMMANDERIE DU BIEN DANS LES INTERPRETATIONS CORANIQUES

Marika El Haki

« Amir bil ma’rouf wal nahi ’an al Munkar », commander le bien et interdire le mal. Chaque musulman se voit en charge cette obligation et y participe selon sa place dans la société, selon son statut et selon ses moyens. C’est Dieu qui exige de tout musulman d’interdire le « mal » et de commander le « bien » . C’est surtout l’obligation qui doit être portée aux cœurs des croyants : « Que surgisse de vous une Communauté qui appelle au Bien (bonheur : khayr), ordonne le bien (le convenable, mar’uf) et interdise le mal (blâmable : munkar) : ce sont eux les triomphants [1]». Mais comment, de manière cohérente avec la Volonté de Dieu, ordonne-t-on le bien et quelle valeur pour ce « bien » ?  Qui a le droit d’agir et quelle action entreprendre ? Le  problème existait déjà du temps du Prophète, un Hadith le prouve : Comment ordonne-t-on le bien ? Par l’épée (bi’l sayf), par l’exhortation (bi’l lisân) ou seulement par désapprobation interne (bi’l qalb) ?

Ce n’est pas tant sur des questions de culte, que posent l’urgence de l’affaire mais sur des problèmes sociaux et politiques plus particulièrement sur des questions d’éthique morale musulmane. C’est cette dernière qui nous intéressera ici et qui fera l’objet de notre étude. En effet la Commanderie du bien entre dans l’éthique morale. Ses limites n’ont pas obtenu de consensus entre les savants. Dans le Coran, pouvons-nous distinguer clairement les lois naturelles des lois sociales ? Les lois sociales peuvent-elles évoluer selon les besoins de l’homme et s’accorder avec la modernité ?

I  POSITION DE LA COMMANDERIE DU BIEN DANS LA VIE DU MUSULMAN

1.    La Commanderie dans l’Ethique morale

La commanderie du bien réformera la personnalité du croyant jusqu’à pour beaucoup d’entre eux  leur comportement depuis la genèse de l’Islam. Sa charge « …c’est l’obligation pour tout musulman de ne pas laisser le mal triompher parmi eux [2] ».. Chaque musulman se revendique donc le droit d’utiliser cette obligation pour « corriger » son prochain dans tous les domaines de la vie : en morale individuelle, familiale, sociale, religieuse et étatique. M. A. Draz[3] cite un modèle de cette charge : « C’est la nécessité de se recommander mutuellement la vérité et la vertu … De rappeler à ses coreligionnaires, ce qui est droit et juste et de leur déconseiller tout comportement incorrect…La valeur que le Coran accorde à la pratique de cette solidarité morale est telle qu’il en fait le critère de la nation qui pourrait être la meilleure qui est jamais existé sur terre » [4].

La solidarité des croyants est assimilée à celle du corps humain ou toute les parties se ressentent de la douleur d’un seul organe et coopèrent à sa défense. Ce Hadith illustre l’idée d’une umma[5] dans le verset 10 de la sourate 49 : l’Islam est une religion mais aussi une fraternité.

2.    La position de la commanderie du bien en politique

A l’époque ommeyyade le khalifa devenait une dynastie héréditaire et monarchique, que le pouvoir avait été pris par cette dynastie aux dépens de ‘Ali, gendre du Prophète. La conséquence en a été la grande discorde (al fitna) et a provoqué de vives oppositions par les partisans de ‘Ali en créant de nombreuses dissensions au cœur même de la communauté musulmane. En cas d’oppositions vives avec le pouvoir, la sourate al Hujurât 9, demande, la conciliation et le dénouement des conflits avec justice. Dès le IIe siècle, ‘Abdallah b. al Mubârak définit  juridiquement, pour la première fois, les sunnites comme ceux qui rejettent l’insurrection dans tous les cas, que le khalife soit pieux ou non. Ainsi les juristes ne s’occupaient plus de savoir qui était dans le cas particulier d’une résistance légitime. Tous ceux qui s’opposaient aux pouvoir étaient des bughât (rebelles). Le gouvernement devait donc avoir le monopole du pouvoir et la prise en compte de la résistance dans le monde musulmans est, depuis, restée bien mince. La grande majorité aujourd’hui, sunnite, obéit au « principe d’obéissance » (pourvu que le souverain n’empêche pas la religion de s’épanouir) et évite la discorde qu’ils ont assimilé à la grande. La mémoire collective des sunnites se rappelleront la fatwa de ces juristes. Ils pratiqueront leur religion sans se rebeller contre leurs souverains même si ceux-ci sont injustes. Qu’en est-il alors d’un autre Hadith qui dit « pas d’obéissance à un être créé à l’égard du péché ! »?

3. Principes moraux ou règles organisant des systèmes politiques et sociales

La shura, reconnue par l’ensemble des musulmans comme un principe de consultation et la Ta’a, principe d’obéissance, sont des lexiques tirés directement du Coran et qui indiquent des vertus morales. Leurs applications dans les faits ne sont pas expliquées dans le Coran explicitement. Ali Abdelrraziq[6] nous raconte que les théologiens ont déchiffré certains textes coraniques et Hadith afin de faire face à des situations  vécues. Il affirme : « Le résultat qu’ils obtiennent, parfois en forçant le texte à l’extrême, ils le considèrent comme contenu dans les textes  fondateurs et  donc comme faisant partie des obligations ou devoirs religieux imposées à tout croyant. » C’est ce qui explique que les musulmans croient que l’islam offre un système politique avec une véritable Constitution définissant l’Etat islamique. Ali Abdelrraziq ajoute que les théologiens ont, autrefois, majoritairement donné la primauté au principe d’obéissance envers les gouvernements « au point d’en faire la règle de base de constitution de l’Etat islamique ». C’est ainsi qu’ils ont limité la shura pour favoriser l’obéissance aux souverains, la ta’a.

L’homme musulman pourrait-il, par son statut de Mukallaf, éviter de se référer à des « fouqaha » pour des questions relevant de la conscience humaine ? L’élaboration des cinq catégories juridiques (ahkam) pour qualifier les actes[7], ne risque-t-elle pas de semer la confusion pour ceux qui s’en référent ? Entre bien, mal, haram et halal, ne craignent-ils pas de vivre au quotidien une éthique morale de l’interdit ?

II    LOI MORALE NATURELLE OU LOI DIVINE POSITIVE ?

Il n’existe aucun texte coranique qui présenterait une liste exhaustive, en un seul bloc, la Loi morale, comme on peut la trouver dans la promulgation du Décalogue biblique de Deutéronome. Le Coran, dans son ensemble, est la Loi morale, appelé aussi Al furqan signifiant « distinction » du bien et du mal. Mais la tradition n’a pas jugé nécessaire de les répertorier selon leur importance de gravité. La difficulté repose donc sur la hiérarchisation des actes et de leurs implications directes dans les consciences. De ce fait, il n’est pas aisé de différencier les lois coraniques purement positives, destinées à un peuple, à un temps donné et la Loi morale universelle, qui serait le reflet, dans les choses et dans le cœur des hommes, de la Loi divine éternelle.

1.    L’orthodoxie croit en une « Loi divine positive »

En orthodoxie par exemple il n’y a pas de « loi naturel » mais une « Loi divine positive». Ce qui est « connu » (ma’ruf) comme convenable et ce qui est « désapprouvé », blâmable (munkar) font référence à une norme. Or toute la tradition musulmane persiste et signe pour affirmer que cette norme est la Loi divine révélée. Le Coran l’a définitivement scellée pour tous les musulmans. Le bien, que tout musulman est appelé à faire, est l’obéissance au Coran dans son entier et le Munkar, (le mal) est la transgression de cette Loi morale. Le châtiment dû aux transgressions entre dans les hudud coraniques (prescriptions légales voulues par Dieu). La notion de péché-désobéissance est déterminée exclusivement par le rapport de l’homme et de Dieu. C’est-ce  qu’on appelle « les droits de Dieu et les droits des hommes ». Si bien que l’on peine à reconnaître les lois circonstancielles des lois immuables (mu’ad wa qadim), les lois sociales des lois naturelles. Nombre de théologiens (ou Mutakalimun) hésitent à énumérer les fautes morales les plus graves. Il sont frileux d’opérer les possibles aménagements de la Loi en faveur du changement désiré par l’homme, en fonction du temps et du lieu. C’est  pourquoi, de nos jours, nombre de réformistes prônent l’aggiornamento des « ahkam » (statuts juridiques) relatifs aux versets circonstanciels[8].

En revanche, chaque savant s’est évertué à débattre de la morale éthique par des Traités, se complétant plus ou moins. Ces Traités éthiques n’ont malheureusement pas fait l’objet d’une idée bien arrêtée de ce qu’est véritablement la morale musulmane en comparaison des juifs et des chrétiens avec le Décalogue.

2.    La science des Akhlâq

Des savants tels al Ghazali[9], Mawardi[10] ibn Hazm[11], se sont versés à la Science des Akhlâq[12]: Le terme arabe lui-même signifie “dispositions innées”. Cette science a eu le mérite d’avoir exigé une réflexion proprement rationnelle sur les problèmes éthiques.

En voici deux extraits : al Ghazali enseignait que les Akhlâq permettent de « définir les caractères et les éléments moraux constitutifs de l’âme ainsi que les moyens de les modérer et de les contrôler ». Pour al-Shirwânî, « c’est la science des vertus et des moyens de les acquérir, des vices et des moyens de s’en préserver. Elle a pour objet les dispositions innées, les vertus acquises et l’âme raisonnable dans la mesure où elle en est affectée ». Mawardi, dans son traité morale, reprend presque à l’identique la division des quatre vertus cardinales selon Aristote (prudence, tempérance, force, justice) en développement l’argument du juste milieu. Chaque vertu se situant entre son excès et son défaut et s’interposant entre deux vices opposés. Par exemple : « le courage, un juste milieu entre la témérité et la lâcheté … ». Voilà donc les vertus d’Aristote en accord avec le Coran ! : « Nous avons fait de vous une communauté éloignée des extrêmes pour que vous soyez témoins à l’encontre des Hommes… ».[13]

Ahmad Amin[14] dans son fajr al islam[15] (aurore de l’islam), donne la description du musulman idéal : « être fidèle à la promesse donnée; être constant dans les, adversités, pratiquer l’équité avec ceux qu’on aime et ceux qui nous répugnent, pardonner quand cela est possible, être sobre, sans exagérer pourtant… Dieu ordonne l’Equité, la Bienfaisance, et la Libéralité envers les proches. Il interdit la turpitude, l’acte blâmable et l’insolence » …« Pratique le Pardon. Ordonne le Bien. ».

Il existe pourtant un autre sens tiré du Coran du « bien » et du «mal». En effet, les philosophes musulmans (falasifa) utiliseront plutôt les termes de bonheur et malheur dans leur doctrine.

3)   Khayr et Sharr (bohneur et Malheur).

Au cours des siècles, on a interprété le texte coranique tantôt au sens morale ontologique et tantôt au sens du bien et du mal dans le sens sociale parce que les deux notions y figuraient.

Au sens ontologique on trouve dans le Coran le terme khayr signifiant le bien, le bienfait et le bonheur, comme don de Dieu. Sa discordance sharr signifiant le mal et le malheur. Le verset coranique dit: « l’homme ne se lasse point d’appeler le bonheur (khayr) et si le malheur le touche, le voilà désolé et désespéré »[16]. On les retrouvera encore ailleurs dans le coran : « Qui aura fait le poids d’un atome de bien (khayr) le verra ; qui aura fait le poids d’un atome de mal (sharr) le verra »[17].

La seconde notion est tirée plus spécifiquement de la morale sociale avec les termes coraniques de ma’ruf  et de Munkar.

4) Ma’ruf et Munkar

Le ma’ruf  est ce qui est connu comme étant conforme à la loi de Dieu. Alors que le mal : le Munkar, l’odieux s’oppose au bien. C’est  le blâmable, que Dieu interdit à l’homme de faire, car il corrompt sa vie privée et publique. C’est au contraire rechercher le bien conforme à la Loi et l’accomplir, que le musulman s’inscrit dans la umma et participe à « la réforme des mœurs » ou à « la reforme des choses mauvaises ». Les versets coraniques abondent et donnent un aperçu de la morale sociale islamique qui sont un des fondements même du statut du musulman par rapport à la communauté : « Vous êtes la communauté (umma) la meilleure qui ait surgit parmi les hommes, vous commandez le bien (mar’uf) et interdisez le mal (munkar)» [18]

Enfin, voici d’autres versets qui comportent les deux sens : « ils croient en Dieu et au dernier jour, se hâtent dans les œuvres de bien (khayrât) ils sont parmi les vertueux » et « Que surgisse de vous une Communauté qui appelle au Bien (bonheur : khayr) et, commande le bien (le convenable mar’uf) et interdire le mal (blâmable : munkar) »[19].

Le fondement même de la moralité a été et continue d’être débattu par toutes les écoles de pensée. Selon les écoles, l’une ou l’autre notion a été mise en avant.

III    LES DIFFERENTES INTERPRETATIONS DE LA DEVISE DU COMMANDEMENT DU BIEN ET DU REJET DU MAL

Nous ne pouvons pas citer ici toutes les doctrines des différentes écoles de pensée qui se sont appropriées la devise de la commanderie du bien, c’est pourquoi nous nous limiterons à quelques unes qui ont été mises en avant par ses implications sur le pouvoir politique.

1)   Les falasifa et le determinisme

Les philosophes classiques ont utilisé les lexiques Khayr et sharr au sens de loi morale ontologique[20]. Il allait de soi, pour ces philosophes de la première heure, que la rétribution des actes, récompense et châtiment, incombe à Dieu mais ne se fera que par pure nécessité. L’homme, émanant de la création, est soumis à la toute puissance de Dieu. Il les a créés selon un mode de nécessité voulue par Lui. D’une nécessité physique. Il existe donc pour les philosophes un bien et un mal intrinsèques. Par contre ils nient toute liberté vraie de Dieu et des hommes. On comprend aisément pourquoi les philosophes ont été critiqués. Après leurs heures de gloire, ils n’ont pas pu continuer à briller car ils étaient considérés avec méfiance par les milieux religieux. C’est en particulier Al Ghazali qui les critiqua sévèrement et qui marqua le déclin de la philosophie hellénistique. Averroès tenta de redonner un souffle en défendant la philosophie des autodafés injustes envers elle. Il  usa d’un aristotélisme authentique mais cela n’a pas suffi à éviter leur disparition. Les spéculations philosophiques entrèrent dans le Kalam, uniquement avec sa forme spéculative autorisée par les ash’arites.

2)   La guerre des Kalam entre Ash’arites et Mu‘tazilites

La position ash’arite qui fait figure d’orthodoxie, dominant longtemps la pensée musulmane était basée sur la réfutation d’un bien ou d’un mal naturel ou ontologique[21]. A l’opposé, pour l’école de pensée mu’tazilite, Plutôt « pieux croyants » que rationalistes, proclamait qu’il existe un « bien » naturel et  un « mal » naturel. La condition pour les reconnaître : la raison. C’est le libre arbitre qui conditionne sa responsabilité. Cela suppose la liberté. Les Mu’tazilites faisaient de la raison (’Aql) le leitmotiv de leur démonstration et le critérium de la Loi. L’homme est « créateur de ses actes » par un pouvoir (qudra) que Dieu a crée en lui.  Tandis que les Ash’arites, leurs principaux adversaires, répondaient que c’est Dieu qui crée les actes en l’homme. Les choses sont bonnes ou mauvaises parce que c’est Lui qui les a décrétées. Pour sauver la transcendance divine, les ash’arites diront encore qu’on n’interroge pas Dieu sur ce qu’Il fait. Les Mu’tazilites rétorquèrent : « même si Dieu infini et tout puissant, dans son omniscience; connaît les actes de ses créatures, sa Toute-puissance, ne prend pas part directement aux actes humains. ». Ils affirmaient donc, qu’il est faux de croire que les actions bonnes ou mauvaises sont telles parce que Dieu les a décrétés ainsi. Dieu les prescrit en raison du bien fondé sur les actes d’obéissance. En réalité selon les mu’tazilites, c’est par le caractère méritoire des actes et parce qu’ils sont bons que Dieu les prescrit[22]. On peut noter qu’ils reprenaient volontiers les termes philosophiques grecs de hasan et qabih (beau et laid) que l’on retrouvera plus tard chez les philosophes occidentaux.

Tout repose donc, sur le principe Mu’tazilite de la « Justice divine » (‘Adl), axe central de leur doctrine -en opposition défensive de la prédestination des Jabarite-Hanbalites-[23]. N’ont-ils pas introduit dans leur doctrine le cinquième principe : « commander le bien et interdire le mal »[24]?.

Il faut bien dire que la commanderie du bien des Mutazilites met l’accent sur l’Imamât à propos de sa responsabilité vis-à-vis de ses sujets. Ils reconnaissaient au   peuple le droit de destituer tout dirigeant qui ne respecte pas cette éthique morale. Ils s’appropriaient cette devise à leur début, lorsqu’ils se situaient en opposition au pouvoir. Lorsqu’ils accédèrent au pouvoir à l’époque Abbasside, ils lui donnèrent un autre sens, celui pour le gouvernement d‘ « ordonner le bien et interdire le mal » conformément au Livre de Dieu et à la sunna de son Prophète.[25].

D’autres groupes, plus radicales que les Mu’tazilites dans leurs oppositions aux pouvoirs, se sont appropriés cette même devise. Ce sont les Râfidites.

3.   Les Duodécimains (Chiites) anciennement les Râfidites

Les Rawâfid ou râfidites étaient des Imamites, partisans de ‘Ali. Les Duodécimains (ithnâ ’achariyya), devenu par la suite et jusqu’à nos jours, majoritaires chez les Chiites ,   à cause de leur théorie du refus des trois khalifes qui succédèrent après la mort de Muhammed[26]. Les Râfidites s’étaient octroyés la devise de ‘amir bil Mar’uf wa nahi ‘an al Munkar par soucis plus que les Chiites de se réclamer du « Livre de Dieu et de la sunna de son Prophète », (les râfidites au départ étaient des groupes de résistance qui avaient leur propre idéologie qui n’avait rien à voir avec les Chiites). Leur propagande se basait tout particulièrement sur cette éthique morale.

D’autres, plus « soft » se sont efforcés de concilier les pensées mu’tazilite, ach’arite et philosophique. C’est Fakhr al dîn Al Râzi qui incarne le plus ce syncrétisme, sans toutefois le revendiquer, il était, comme le souligne Roger Arnaldez, un conciliateur incontestable des trois doctrines.

4)   Fakhr al Dîn Al Râzi : conciliateur incontestable entre acharisme, philosophie et mu’tazilisme

Fakhr al Dîn Al Râzi rejoint la pensée Mu‘tazilite sur la notion de liberté, malgré sa tendance prononcée ash’arite, il reste plus nuancé que ces derniers. Il démontre par une réflexion purement philosophique que l’homme « auquel s’adressent les commandements et la conduite, n’est pas une pure nature mue par des réflexes de peur des châtiments ou d’espérance des récompenses, mais une personne qui adhère par un acte spirituel aux valeurs essentielles qui constituent l’être que le Créateur lui a donné… ». Al Râzi semble donc trouver en la liberté humaine, la logique suivante : la crainte « taqwa » détermine les actions de l’homme envers son Seigneur. « Le Coran est guide des hommes qui craignent Dieu ». C’est la toute confiance en Dieu. L’adorer lui seul et ne rien lui associer[27].

Ainsi donc, La notion du « bien » et du « mal » n’est en fait qu’une question d’exégèse et diffère selon les écoles musulmanes. La « moralisations des moeurs », depuis la genèse de l’islam, s’est présentée comme un rempart à des actes blâmables mais aussi pour servir des intérêts politiques. La commanderie du bien a été utilisée à travers les siècles -et jusqu’à nos jours- pour légitimer une propagande à des fins d’asseoir, tantôt le pouvoir des gouvernements, tantôt des mouvements dissidents « les rebelles de la communauté », (bughât). Entre résistance et obéissance aux souverains en cas de non respect des commandements de Dieu, les sunnites limiteront la commanderie du bien, à la politique de l’obéissance au souverain.

Or, une solution s’impose d’elle-même : le vote moderne équivalent de la shûrâ[28], permet aussi bien à la communauté qu’ individuellement d’user de sa voix pour élire son souverain et participer à une société meilleure et  aux réformes voulue par le peuple.

En outre une harmonisation des doctrines entre les écoles aurait été d’un précieux enseignement pour les consciences. Les Sufis qui pratiquent l’exigence morale, au-delà de la seule observance des prescriptions rituelles de la Loi, profiteraient à la umma qui doit trouver « le juste milieu ». L’Islam dans son entier doit -avec toutes « ces différences qui sont une miséricorde pour la umma »- prendre part aux débats majeurs de ce siècle. Bien des siècles ont fait couler le sang des « saints » et ont  provoqué un grand désordre dans la communauté musulmanes : la fitna (la grande discorde). La cause en est multiple : les rivalités de pouvoir et les divergences, qui rappelons le, s’opposent plus sur une conception de la religion ou la politique se mêle d’une manière intrinsèque. Le temps n’est plus aux débats sans fin sur la trinité chrétienne, le coran créé ou incréé,  Dieu s’est-il vraiment assis sur le trône ou as-t-Il une main ? Le grand défit des temps modernes exige d’élucider des problèmes plus sérieux sur les questions de polygamie, de châtiments corporels, de peine de  mort pour apostasie (riddâ), de voile islamique, d’héritage, d‘usure (ribâ)… On sait aujourd’hui que l’ensemble des musulmans sont d’accord pour reconnaître que les Hudud, les peines afflictives, (pour ne nommer que cette exemple parmi tant d’autres) peuvent être  remplacées par les  lois pénales modernisées.

Pour accomplir sa mission « du juste milieu », l’homme moderne islamique doit être mue  par des Lois universelles en parfaite adéquation avec ce que le Coran enseigne comme impératifs ? Défendre la Justice, le Pardon, l’amour de son prochain, la répartition des richesses en une économie éthique. L’interdiction de la corruption, de la misère, de l’esclavage, de la maltraitance des femmes… Mais aussi reconnaître que la défense de l’éducation, l’égalité entre sexes, race etc. sont des lois universelles que le Coran confirme il y a plus de quatorze siècles ! Tous ces principes universels sont flous ou débattus de manière apologétique[29] par les théologiens et juristes qui n’ont pas trouvé de maximes consensuelles pour rendre cohérent le message coranique avec ces lois universelles. Pourtant le prophète a enseigné : « Recommande la pratique de la vertu morale et humaine comme la moelle véritable de la religion ». Le défi est à notre portée ! Faut-il encore que nous soyons prêts pour le grand changement : la réforme (islah). Car le modernisme nous y poussera sous conditions : délaisser la technique de l‘apologie défensive qui a eu pour conséquence le développement d’une casuistique sans fin. Le musulman n’occultent-ils pas les vraie questions, en se dédouanant par l’accomplissement des prescriptions religieuses, se croyant quitte envers Dieu, la communauté et lui-même ? Cette situation n’ empêchent-elle pas les consciences de se réformer ? L’illusion de croire que les « péchés » même majeurs (quand il y a repentir tawba) n’atteignent pas Dieu et ne remet pas en question le témoignage du musulman (chahada), risque-t-ils pas de mettre en péril jusqu’à l’accomplissement des  « piliers de l’islam » ? [30].

La droiture requise en Islam pour tout acte humain est l’intention du cœur et non l’acte à poser en une morale formaliste.

BIBLIOGRAPHIE

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Ibn HAZM: Épître morale, Kitâb al-akhlaq wa l-siyar, (Google Livre)

Ignaz GOLDZIHER, Le dogme et la loi dans l’Islam. Ed. L’éclat & Geuthner.

Ali ABDERRAZIQ, L’Islam et les fondements du pouvoir. Ed. Paris, La découverte et Casablanca, Le Fennec, 1994.

Janine et Dominique SOURDEL, Dictionnaire historique de l’islam. Ed. PUF

Jürgen HABERMAS, Morale et Communication. Ed. Champs, Flammarion.


[1] Coran : 3, 110

[2] Coran 8, 25

[3] M.A DRAZ : La Morale du Coran, le bien ou élément morale : p113 :

[4] « …Bien plutôt entraidez-vous à la piété et à vous prémunir ; ne vous entraidez pas au péché non plus qu‘à l‘agression, mais prémunissez-vous envers Dieu… » (Coran 5, 2. et 3,110)

[5] Umma : dans le sens restreint la Communauté musulmane; dans le sens large la Communauté des croyants comprenant les  « gens du Livre » : Juifs et Chrétiens et même Sabbéens.

[6] Réformateur Egyptien musulman (1888-1966) ; Lettré, docteur de la Loi. Membre du corps des théologiens-juristes de l’Université al-Azhar, Cadi de 1915 à son exclusion en 1925 par la monarchie égyptienne après la parution au Caire de L’islam et les fondements du pouvoir, le Grand conseil des ‘Ulamâ’ lui retire alors son titre de ‘âlim (juriste-théologien).

[7] La théorie de la qualification  des actes entre dans la discipline des Usul al fiqh : Pour déterminer le bien fondé ou le mal d’un acte les théologiens les ont classé en 5 catégories juridique : la prescription obligatoire fard, l’acte recommandé (mandûb), l’interdiction formel (harâm), l’acte désapprouvé (makrûh), l’acte licite (hâlal) et l’acte licite ou neutre (mubah).

[8] La lapidation, les châtiments corporels, condamnation à mort pour apostasie etc.

[9] Abu Hamid al Ghazali (l’algazel) : 1059/1111, théologien, juriste sunnite-shâfi’ite, réformateur. Il a profondément influencé la pensée musulmane .

[10] Mâwardî, mort en 1058 : Kitâb al-dunyâ wa l-dîn (Morale religieuse et profane)

[11] Ibn Hazm : (mort en 1064). Épître morale (Kitâb al-akhlaq wa l-siyar), livre de morale et confession personnelle, proposant un idéal d’homme vertueux (fadhil),

[12] Philosophie pratique, cette science  s’est développé aux Xè et XIè s. On la trouve dans les Traités d’Akhlaq

[13] Coran : 2, 143

[14] Ahmad Amin (1886-1954), Grande figure de l’Egypte, penseurs intellectuels, azhari, de l’entre deux guerre.

[15] Al fajr al Islam, Ahmad Amin , 1929, Le Caire, Matba‘at al-i‘timâd

[16] Coran, 41: 49

[17] Coran, 99, 7 et 8.

[18] Ibid : 3, 110 et 3, 114

[19] Ibid : 3, 114 et 3, 104

[20] Khayr et Sharr : bien au sens de bonheur et sharr au sens de mal allant vers le malheur. Voir chapitre II : « loi naturel ou loi divine positive? » .

[21] Considérant que les œuvres sont bonnes que par obéissance aux prescriptions divines

[22] Cf. le Qadl, ‘Abdel Jabbâr, Mughni, vol VI, p. 85 et 86.

[23] école juridique prônant la prédestination. Le fondateur de cette école hanbalite, l”une des quatre écoles juridique  reconnues par les sunnites est Ibn Hanbal (780/855).

[24] La doctrine Mu’tazilite est basé sur 5 principes : i) Le Tawhid (l’unicité absolue de Dieu), ii) al’adl (la justice divine), iii) al Wa’d wal Wa’id (promesse et menace), iv) al Mazilatu bayn al Mazilatayn (la demeure entre les deux demeures) et v)  Amir bil Ma‘ruf wal nahi ‘ayn al Munkar (ordonner le bien et blâmer le blâmable).

[25] Josef van Ess, Theologie und Gesellschaft im 2. Und 3. Jahrhundert (théologie et société aux Iiè et IIIè siècle)

[26] Abu Bakr, ‘Omar et  ‘Ali. Josef van Ess, dans son ouvrage référencé ci-dessus, explique : « Tandis que les théologiens discutèrent sur les vertus des candidats à la succession de Muhammad, les râfidites, considéraient que tous s’étaient arrogés le pouvoir au dépens de ‘Ali. Les chiites aujourd’hui, n’ont jamais accepté le principe de l’Ijmâ’.

[27] Roger ARNALDEZ, Fakhr al-Dîn al-Râzî, Commentateur du Coran et Philosophe, Edition Vrin, 2002

[28] Consultation ou Concertation. Principe  recommandé  par le Coran  aux gouvernements pour les affaires humaines. « Ceux qui évitent de commettre des péchés graves… soumettent leur affaires à la concertation mutuelle… ». Les réformistes contemporains  justifient par la Consultations, le régime parlementaire.

[29] Apologie : défense systématique d’une position

[30] « L’acte moralement bon ou mauvais réfère à Dieu non en Lui-même, mais à sa Volonté sur les hommes telles que l’expriment ses « Commandements révélés ». Le formel de la morale musulmane touche Dieu, -selon une vue extrinsèque des rapports du Très-Haut et de sa créature raisonnable. » propos recueillis par Louis Gardet, L’Islam Religion et communauté. Ed. Desclée de Brouwer.

SARKOZY : DE TOCQUEVILLE A LA RELIGION !

Marika El Haki

 

 

« Que faire d’un peuple maître de lui-même s’il n’est pas soumis à Dieu ? ». Ces mots, d’Alexis de  Tocqueville* -héritier du positivisme, mais partisan du rôle politique de la religion dans les sociétés démocratiques sécularisées-  placent ainsi au centre du débat, le vieux thème politico-religieux que nos précédents présidents n’auraient même pas osé mettre à l’ordre du jour, sans entacher la sacrée loi de la laïcité. Nicolas Sarkozy, lui, l’a fait !

Dans ses vœux aux Français, Nicolas Sarkozy s’est presque essoufflé sur le terme salvateur de « civilisation ». Dans l’article du Monde du 17 janvier, c’est le fondement même de la religion qu’il remet au goût du jour avançant que « Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux ». Le gage « d’espérance », dans la bouche de           N. Sarkozy, est le mentor de son élection à la place suprême de l’Etat laïc. Qu’il souhaite d’ailleurs ardemment « dépoussiérer » ! N’en déplaise à la majorité des Français, le Président parle à l’univers d’une « spiritualité des spiritualités » qui aurait sa place au niveau national et international, en particulier pour l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

La réflexion du sociologue, Alexis de Tocqueville, dans son Traité De la démocratie en Amérique, fait ressortir que la démocratie moderne passe par le fait religieux : « La religion n’est donc qu’une forme particulière de l’espérance et elle est

 

aussi naturelle au cœur humain que l’espérance elle-même. L’incrédulité est un accident… la religion tient à un des principes constitutifs de la nature humaine». L’Homme ne peut vivre sans la religion même si les révolutionnaires ont cherché des substituts existentiels aux questions qui angoissent l’Homme : « Ne cherchez pas à arracher aux hommes leurs anciennes opinions religieuses pour en substituer de nouvelles, de peur que dans le passage d’une foi à une autre, l’âme se trouvant brusquement un moment vide de croyances…». 

 

L’analyse tocquevillienne montre qu’aux Etats-Unis, au contraire de la France, le phénomène religieux fonctionne dans un système de démocratie à l’américaine. Si les croyances et pratiques restent limitées à «se tenir dans les bornes qui lui sont propres» elles libèrent l’être d’un certain nombre de questions essentielles en apportant des solutions. Celles-là demeurent une utilité sociale par le respect de l’individu avec la perspective de mœurs conservatrices. Quand le lien politique faiblit, le lien moral se resserre. La religion est un antidote, alors que l’égalitarisme à l’extrême engendre la dislocation du lien social. Tocqueville était sceptique face à une société basée sur le bien-être matériel sans limites. Cette société là va à sa perte.

 

Notre président de la république l’a bien compris. Il suffit d’observer comment sa campagne « d’ouverture » lui a permis d’introduire au centre des débats politiques : la création du CFCM, l’affaire du voile –allant jusqu’à s’entretenir avec le grand mufti d’Al-Azhar avant de se prononcer contre le voile-, sa réforme des abattoirs… Et l’établissement du ministère de l’Identité nationale qui -paradoxalement à l’image que ces termes véhiculent- aurait pu s’appeler « le ministère des religions ».

 

*A.de Tocqueville (1805/1859) : penseur politique,  Sociologue, historien. Source : De la démocratie en Amérique, religion et modernité politique (vol. I, p. 401, p. 403, vol. II, p. 32, vol. II, p. 182).

 

 

 

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