REPONSE A UN FBOOKEUR QUI INCITE A LA HAINE DES MUSULMANS

Suite à un message de statut que j’ai vu passer sur mon fil du mur, j’ai décidé de répondre à l’ignorance par un petit éclairage. Aussi je me permets de partager avec vous la réponse que je lui adresse au message ci-dessous :

  • S.S. a écrit sur son statut : “Sourate V, 51: « O vous qui croyez ! Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens ; ils sont amis les uns des autres. Celui qui, parmi vous, les prend pour amis, est des leurs. Dieu ne dirige pas le peuple injuste. »  

Vous savez ce qu’ils pensent de vous quand vous leur serrez la main? Ils ont la haine… parce que le Coran le leur ordonne !”

Sous le statut de S., nous pouvons voir une vidéo qui n’a rien à voir avec l’intitulé qui la présente, si ? :

http://www.dailymotion.com/video/xhv57a_nanterre-france-la-mosquee-diffuse-lyappel-du-muezzin-a-la-priere_news

C’est quoi cet appel à la haine S. ? Vous citez un verset hors contexte sans savoir de quoi il en retourne. Vous faîtes comme tous ces haineux envers les non-musulmans qui incitent à la haine et au mépris de l’autre. Vous stigmatisez tout un pan de la société française mais aussi plus d’un milliard de personnes dans le monde !

Croyez-vous vraiment que les musulmans haïssent les Chrétiens et les Juifs ?? Et qu’ils pensent vraiment que le Coran leur ordonne de ne pas lier d’amitié avec eux ? C’est le comble de l’absurdité et ce n’est pas du tout malin de votre part car c’est d’un ridicule qui frise l’ignorance !!

Quel est votre intention derrière ce statut ? On se le demande bien…

D’abord ce verset que vous citez n’est pas la traduction juste mais erronée. A mon avis si vous regardez l’origine de la traduction, ce doit être traduit par le Royaume d’Arabie Saoudite (pourtant grand ami des Juifs et des Chrétiens !).

La traduction que j’ai, donne une toute autre signification(*) :

“Vous qui croyez, NE NOUEZ NI AVEC LES JUIFS, NI AVEC LES CHRÉTIENS DE RAPPORTS DE PROTECTION. Qu’ils le fassent les uns avec les autres ! Quiconque d’entre vous en nouerait avec eux, conséquemment serait des leurs.”

J’ai deux points à faire remarquer pour comprendre ce verset qui a été pris hors contexte :

A) Le contexte de la révélation du verset :

Selon le contexte de l’époque, les musulmans liaient des pactes de protection en cas d’attaque d’autres tributs : La Charte ou la Constitution de Médine, l’un des écrits authentiques le plus ancien de cette période prophétique précédant la Vulgate d’Othman (premier Assemblage sous forme de Livre du Coran) en expliquait les conditions. La Constitution de Médine était semblable à une fédération de clans ou tribus nomades. Elle était liée par l’accord solennel des uns envers les autres : les membres constituaient une unité politique. Elle traitait de la responsabilité de chacun envers les autres membres sur le prix du sang encouru par un membre du groupe et du rachat d’un membre du groupe capturé. Dans d’autres articles de la Constitution on traite les divers aspects des rapports des croyants entre eux et avec les incroyants, d’autres encore traitent des droits et devoirs des Juifs. De nombreux groupes Juifs sont nommés, non pas par leur nom mais simplement comme “les Juifs de (c’est à dire, attaché à) tel et tel clan arabe”.

Chaque clan juif était allié à l’un ou l’autre des puissants clans arabes. Les Juifs étaient donc divisés entre eux et ne formaient pas un groupe compact. Toutefois les Juifs devinrent de plus en plus hostiles au Prophètes et à sa religion et se servirent de leur connaissance de l’Ancien Testament pour critiquer Muhammad et le Coran. Le milieu illettré leur facilitait la tâche pour critiquer le Coran sur certains points de l’Ancien Testament(**). Cette Constitution d’un genre nouveau a permis de toute façon à maintenir la paix dans l’oasis.

B) Lecture de tous les versets qui traitent des “Gens du Livre” (Ahl al Kitab) : Chrétiens et Juifs :

Cet éclairage (dont vous n’aviez sans doute pas connaissance) étant établi, nous devons maintenant pour comprendre la signification d’un verset, lire tous les autres versets qui citent “les Gens du Livre” (Chrétiens et Juifs). Le Coran ayant été révélé par versets et sorates successifs selon des circonstances et pendant une durée de 23 ans. Il a été rassemblé en un Livre qui ne suit pas la chronologie des événements durant cette période donnée. Ce qui lui confère une complexité supplémentaire aux lecteurs .

Aussi pour exemple, les verset 57 et 58 que l’on peut lire un peu plus loin dans cette Sorate V, éclaire le verset que tu cites dans ton statut :

“Vous qui croyez, ne nouez pas de rapports de protection avec ceux qui tournent votre religion en moquerie, se jouant d’elle, parmi ceux qui ont reçu avant vous l’Ecriture (où Gens du Livre : Chrétiens et Juifs), non plus que parmi les dénégateurs. Prémunissez-vous de Dieu, si vous êtes croyants ” (verset 57)

et enfin le verset 58 :

“… (avec ceux qui), si vous appelez à la prière, la tournent en dérision, se jouant d’elle

– et cela parce qu’ils sont un peuple de déraison.”

Maintenant avec tout ceci, vous pouvez constater qu’une autre lecture est possible. Aidé de l’histoire et des circonstances de révélation, cela ne laisse que peu de doute à cette interprétation que Musulmans, Juifs, Chrétiens et même Athées peuvent très bien lier des pactes de protection et d’amitié à partir du moment ou le respect coexiste. Si le respect est rompu, même sans le Coran, le pacte l’est aussi. Avec une personne qui ne nous porte aucun respect ou se moque de nous, il est évident qu’on a tout intérêt de ne rien nouer du tout avec ces gens là et cela n’a absolument rien à voir avec “l’exégèse” du verset 51 que notre S. S. semble faire quand il interprète ainsi : “

“Vous savez ce qu’ils pensent de vous quand vous leur serrez la main? Ils ont la haine… parce que le Coran le leur ordonne !”

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Le Coran a donc bon dos :

Il est donc important d’avoir une connaissance des écrits scripturaires et historiques. Cette connaissance est le seul rempart à l‘obscurantisme et aux détracteurs qui veulent faire dire au Coran ce qu’il est loin de dire. Leurs techniques passent par des  interprétations abusives qui forcent une lecture littérale du texte coranique et qui fait préjudice à toute la communauté musulmane et incite à la haine.

NB : Si commentaires, il y avait merci de ne pas insulter :

(*) : Traduction du Coran : Jacques BERQUE ” LE CORAN, Essai de traduction” Édition revue et corrigée, Albin Michel, 2ème Ed. 1995.

(**) : W.M. Watt dans son livre MAHOMET, PROPHÈTE ET HOMME D’ÉTAT, bibliothèque Payot, Paris, 1962.

LA CONTROVERSE EUROPEENNE DU MAÏMONIDE ISLAMIQUE

Voici ma réaction à la pétition et au scandale des Européens (surtout Juifs) pour avoir cité Maïmonide comme un savant musulman dans le rapport de l’UNESCO sur la science (lire le lien ci-dessous pour comprendre ce qui suit)

http://www.europe-israel.org/2010/12/08/petition-a-madame-irina-bokova-directrice-generale-de-lunesco/

Et voilà ma réponse :

Cette histoire de mosquée me dépasse donc je ne rentrerais pas dans le débat politico-religieux de la question soulevée par cette pétition. On sait ce que cela vaut quand religion et politique se mélangent.
Pour la majorité, l’UNESCO est une Organisation à vocation universelle dont l’objectif est de promouvoir la diversité culturelle, le dialogue interculturel et une culture de la paix. C’est tout ce que je retiens de celle-ci.Je suis aussi à bout d’argument devant tant de sectarisme à propos de Maïmonide ; les grandes figures de l’Histoire appartiennent à l’humanité et non pas aux juifs ou aux musulmans ni aux chrétiens, ni aux athées ! Comme la Religion d’une certaine manière, appartient à l’Homme qui en fait ce qu’il veut, s’en sert malheureusement mal quand c’est pour des buts politiques ou bien parce qu’il confond « la religion au service de l’homme » avec « l’homme au service de la Religion » (pour ce dernier cas c’est une catastrophe).

Maïmonide (alias en hébreux : הרב משה בן מימון HaRav Moshé ben Maïmon et en arabe : عبد الله القرطبي اليهودي Abou Omrane Moussa ibn Maimoun ibn Abdallah al-Kourtoubi al-Yahoudi « Moïse fils de Maïmoun fils d’Abdallah le cordouan Juif») apparait dans la culture islamique, il est donc forcément de culture arabo-islamique comme je peux être fortement influencée par la culture judéo-chrétienne et forcément occidentale par ma pensée et mes “maîtres”pour être  née et avoir vécu toute ma vie en France et ailleurs en Europe. Faut-il le rappeler, Maïmonide fut disciple du maître d’ibn Bajja (musulman andalou), il avait donc comme maîtres à penser de nombreux musulmans tels qu’ Al Farabi surnommé “le second maître après Aristote” ou Avicenne dont il fut très influencé, ou encore Ibn Bajja (Avempace), Ibn Tuyfal ou enfin son contemporain Ibn Rushd (Averroès). Le code maïmonidien, « le Mishneh Torah » est le seul ouvrage écrit en langue hébraïque. Cette œuvre a sans nul doute de fortes analogies avec le l’ Ihya ‘Ulûm al Dîn (revification des sciences religieuses) d’Al Ghazali (m.1111). Ces deux œuvres sont essentiellement juridico-religieuses et destinées à revitaliser les sciences religieuses (le premier pour le judaïsme, le second pour l’islam). D’ailleurs ceux de ses coreligionnaires et inquisiteurs juifs qui l’ont disgracié (à cause de sa philosophie) sont ceux-là même qui vouaient une admiration au « Tahafut al falasifa » (l’incohérence des philosophes) dont l’auteur est encore ce même al Ghazali. Celui-ci même qui mit tous les moyens par une excellente maîtrise philosophique aristotélicienne pour réfuter la philosophie et mettre fin à la philosophie dans le monde musulman.

Que vous le vouliez ou non Maïmonide a fait partie des grands noms de l’Âge d’Or musulman comme il l’a été pour l’Âge d’Or juif et a donc influencé par la suite l’humanité comme l’a été l’étude de l’Averroisme pour les Juifs (avec Maïmonide), pour les Chrétiens (avec Saint Thomas d’Aquin, bien plus tard) mais aussi pour les philosophes modernes.

Dans le Guide des égarés , qui fut écrit comme toutes ses œuvres en langue arabe, (excepté le “Mishneh Torah”) on peut voir une similitude avec le “Régime du Solitaire” d’Al Farabi dans lequel il développe une thèse d’allure néoplatonicienne consistant dans la réduction du moi à l’être divin, le but de l’existence humaine étant l’union avec Dieu au moyen d’une ascension plus intellectuelle que mystique ou religieuse (Farabi est mort à Damas en 950). Pour ceux qui connaissent la philosophie islamique (j’en suis une amatrice), reconnaitront aisément la “parabole du Roi” d’Avicenne mais aussi le conte philosophique de Hayy ibnou Yaqzan (Vivens filius Vigilantis : du Vivant fils de l’Eveillé ou du Vigilant) dont voici un extrait de Maïmonide:

“Alors je demandais au Sage de me guider sur le chemin du voyage, de me montrer comment entreprendre un voyage tel qu’il en faisait lui-même. Je le fis sur le ton dont pouvait l’en requérir un homme qui en brûlait d’envie, en avait le plus ardent désir. Il me répondit: Toi et tous ceux dont la condition est semblable à la tienne, vous ne pouvez entreprendre le voyage que je fais moi-même. Il vous est interdit; à vous tous la voie en est fermée, à moins que ton heureux destin ne t’aide, toi, en te séparant de ces compagnons. Mais maintenant, l’heure de cette séparation n’est pas encore venue: un terme lui est fixé, que tu ne peux anticiper. Il faut donc te contenter pour le moment d’un voyage coupé de haltes et d’inaction; tantôt tu es en route, tantôt tu fréquentes ces compagnons. Chaque fois que tu t’esseules pour poursuivre ta marche avec une parfaite ardeur, moi je fais route avec toi, et tu es séparés d’eux. Chaque fois que tu soupires après eux, tu accomplis un revirement vers eux, et tu es alors séparé de moi; ainsi en sera-t-il jusqu’à ce que vienne le moment où tu rompras totalement avec eux.”

Ce conte philosophique qui a rendu célèbre ibn Tufayl matérialise les exigences que sont la vie en société (Al Farabi) et l’isolement propice à la vie spéculative (Ibn Bajja)… On retrouve cette idée philosophique dans le dernier mot des “Ennéades ” de Plotin : “Telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : s’affranchir des hommes d’ici-bas, s’y déplaire, fuir seul vers le seul”.

Je tiens à signaler ici qu’il n’est absolument pas question ici de dire que Maïmonide est musulman mais de rendre à César ce qui appartient à César : le patrimoine musulman reconnait Maïmonide comme parfaitement “musulman” c’est à dire conforme au dogme Islamique.

D’autres part, on s’accorde bien à accepter l’idée que la philosophie islamique est grecque hellénisante alors pourquoi ne pas reconnaître, de bonne grâce, que la philosophie de Maïmonide est “islamique” ?

Enfin, je n’évoque pas les débats sans fin des biographes de Maïmonide sur les divergences à propos de sa conversion ou non à l’islam. Je vous laisse lire l’article du Washington Post intitulé “the great Islamic Rabbi”. J’espère, par ce retour sommaire à l’histoire de la philosophie, dépassionner le débat qui fait tord au patrimoine universel, nous faisons tous partie d’un tout :

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/12/30/AR2008123002789.html
En français pour les non anglophones :
http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/12/30/AR2008123002789.html

DIALOGUE ISLAMO-CHRETIENS : SORTIR DES DEUX POINTS DE LA DISCORDE ?

Le Pape Jean XXIII, en 1962 met en place Vatican II qui aura pour finalité l’œcuménisme. Des échanges intra-religieux et inter-religieux sur « le Patrimoine spirituel » débutent avec les Juifs d’abord, se poursuivent ensuite avec les Musulmans. Après tant de siècles de dissensions et d’inimitiés entre chrétiens et musulmans, le Concile les exhorte à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle. Il recommande à chacun de travailler ensemble pour un monde meilleur, à valoriser et promouvoir la justice sociale, la morale éthique, la paix et la liberté entre les peuples selon la volonté du même Dieu.

Le texte de Vatican II se présente ainsi : “… Le destin du salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu Unique Miséricordieux, et honorent tous les prophètes…”(1). Le texte de La Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes affirme : “L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’il ne connaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu réttribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-il en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

La réalité est tout autre sur  le terrain, les musulmans ne se sentent pas compris, pas reconnus dans “ce patrimoine spirituel” de l’humanité. L’islam est  jugé sévèrement par ses sœurs ainées. Même si les recherches modernes sont de plus en plus objectives, il n’en demeure pas moins qu’elles sont très peu connues du public. L’Islam se présente par sa descendance spirituelle d’Ismaël, comme l’ “exclu” de l’héritage d’Abraham mais lui confère une place de dernière religion révélée avec le défit qu’aucune autre nouvelle religion n’adviendra après Muhammad. Celui-ci, appelé le sceau des Prophètes. Ce peuple laissé sans message depuis Ismaël, lui vaut d’avoir repris sa revanche par l’extraordinaire expansion  civilisatrice des sciences. Le “fait coranique“, disait Régis Blachère : “a déclenché et entretenu des bouleversements politiques et sociaux, des évolutions intellectuelles et morales, des spéculations scientifiques et religieuses“. Sa situation géographique dans la péninsule arabique lui procure l’expérience primordiale de l’assimilation de maints apports culturels antiques qui lui confère une place privilégié de religion universelle malgré ses rivales intransigeantes juifs et chrétiens, au demeurant, réfractaires à son message.

D’où vient la difficulté  d’un dialogue entre chrétiens et musulmans ?

Certains ouvrages d’apologétiques musulmanes qui traitent du christianisme entreprennent fréquemment de réfuter le dogme chrétien, mais il existe aussi d’autres œuvres qui soulignent avant tout les similitudes et les points de ralliement.

La Loi prêchée par Jésus n’est pas mise en cause. Aux yeux du musulman, l’obstacle premier à un véritable dialogue  vient d’un refus des chrétiens.

Voyez, dira le musulman, nous vénérons Jésus comme un très grand prophète, nous tenons l’Évangile pour Loi révélée ; pourquoi à votre tour n’admettriez-vous pas que Muhammad fut prophète et le Coran une Loi prophétique ? Nous ne demandons pas aux chrétiens de n’être plus chrétiens, nous demandons d’accorder à notre Prophète et à notre Loi la même compréhension dont nous témoignons à l’égard de leur Prophète et de leur Loi.”

De même que le judaïsme refusa la mission de Jésus, de même les chrétiens récusèrent la mission de Muhammad. Je passerai sur les multiples références coraniques annonçant dans la Torah et l’Évangile, la venue de Muhammad. Vous les trouverez aisément. Je soulignerai en revanche, en rapport avec l’accusation faite par les musulmans d’une “manipulation” des Écritures. Les musulmans s’appuient sur des réponses toutes faîtes que le Coran procure sans en faire la recherche.  Ce terme est traduit, par toute une tradition, par “falsification” des Écritures. Il est important de porter à la connaissance de tous,  musulmans inclus, qu’il existe une autre tradition musulmane, avec d’autres commentateurs, qui reconnaissent comme authentiques les textes en l’état actuel de la Torah et des quatre Évangiles :

Al Ghazali (2) et plus étonnant encore, Ibn Qayyim (élève d’Ibn Taymyya et précurseurs des salafiyya), ainsi que de nombreux auteurs contemporains entendent “manipulé” au sens métaphorique d’”interprété”. Cette attitude à partir d’une base commune du texte reçu des Évangiles, fut celle des plus éclairés des apologistes musulmans.

Al Ghazâlî dans son œuvre le Qustâs, écrit : “Si l’on te demandait, par exemple, de réciter au lieu de la shahada du musulman, celle-ci qui n’est pas coutumière  “point de divinité, si ce n’est Dieu; et Jésus est l’Envoyé de Dieu”, tu récrierais en disant que c’est la formule des chrétiens… Et pourtant cette formule est vraie, et le chrétien n’est détestable ni à cause d’elle ni à cause de ses autres articles de foi, sauf deux ; l’un : Dieu est le troisième de Trois,  et l’autre : Muhammad n’est pas un Envoyé de Dieu ; car tous les autres sont vrais.”

Dans une autre oeuvre “al Radd al-jamil, Al Ghazzâlî réfute la divinité de Jésus en s’appuyant directement sur l’exégèse de six passages des Evangiles :

Dans les deux premiers, dit-il (Joa., 10, 30 et 17, II), Jésus semble se dire Un avec le Père, donc Dieu; dans le troisième (id., 17, 16-18), il se présente à la fois comme homme et comme Dieu; dans les trois autres (Joa., 17, I-3 et 8, 39-49; Marc, 13, 32), il se présente à la fois comme moindre que le Père, et donc comme un homme.

L’argumentation ici de Ghazzâli est de démontrer que les trois derniers, seuls sont de valeur objective. Les trois premiers ne sont que l’expression d’un état d’union mystique de rare intensité, et que Jésus, par un privilège prophétique n’appartenant qu’à lui, avait, seul entre tous les Prophètes et les saints, le droit de formuler ainsi. Mais Jésus n’a aucunement voulu enseigner ce que les chrétiens appellent le hulûl, que al Ghazzâlî définit comme l’union des substances (divine et humaine)(3) ; Ainsi sa “réfutation” est avant tout un désir de dialogue entre musulmans et chrétiens. L’ouvrage insiste sur la foi en Dieu, commune à l’Islam et au christianisme et sur les valeurs religieuses et humaines que les deux religions se doivent de promouvoir dans un monde matérialisé contemporain. Les différences “dogmatiques”, sans être minimisées, sont mises au second plan.

En cela, al Ghâzzalî et d’autres après lui s’efforceront d’entendre en un sens, le monothéiste de la Trinité chrétienne (eh oui vous ne rêvez pas !). “Les “Trois Personnes” ne sont que “différents aspects” de l’unique Essence divine : “Le Père comporte donc la notion d’Existence, le Verbe ou Fils, celle de Connaissant, le Saint-Esprit le fait que l’Essence du Créateur est connue.” Une autre traduction dans un contexte de philosophie aristotélicienne : “le Père est l’Essence divine, (l’Intellect pur); le Fils ou Verbe (l’Intelligence en acte); le Saint-Esprit, l’Objet connu(4). Selon lui, ces formulations n’ont rien à voir avec le problème de la divinité de Jésus(5).

On sera encore étonné quand Ghazâlî semble avoir fait sienne une tendance shi’ite qui envisage la crucifixion de Jésus comme crucifixion réelle (mort du corps); elle ne serait cependant, comme le Coran l’indique, qu’une apparence, puisque l’âme en état d’extase aurait aussitôt rejoint Dieu (6).

L’Évangile de Jésus est Parole divine, oui !  Mais pas l’Évangile lu et interprété (“manipulé”) par les docteurs des Églises chrétiennes. Paul d’abord, les Conciles et le développement historique des Églises aux yeux des musulmans, ne sont qu’interprétations humaines. C’est dans ce cas-là, et seulement dans ce cas seul, que le Coran à maintes reprises, les condamne sévèrement. Je ne parle donc pas ici des polémistes, la plupart musulmans du passé ni de la foi populaire d’ aujourd’hui qui pensent que ces chrétiens se sont détournés du salut promis aux croyants et de ce fait leur foi n’est plus une foi salvatrice. La cause résulte d’une méconnaissance des écrits classiques musulmanes et des études modernes orientalistes sérieuses telles celles de Massignon, W. Montgomry Watt, Tor Andrae, Miguel Asîn y Palacios, Lammens, Rogez Arnaldez, Jacques Berque et de tant d’autres.

Il est intéressant par exemple de voir un penseur musulman comme Al Ghazzâlî s’interrogeant sur les chrétiens byzantins (rûm) de son époque, en déclarant :”que la plupart d’entre eux sont englobés dans la Miséricorde divine”. Il établit ainsi trois cas(7):

a) ceux qui n’ont pas entendu parler de la prophétie de Muhammad : ceux-là sont excusés, cela signifie qu’ils auront le salut s’ils restent fidèles à leur Loi;

b) les voisins des terres musulmanes, ou qui même vivent mêlés aux musulmans, qui ont entendu parler de Muhammad et n’ont aucun motif de ne pas admettre sa prophétie et ses miracles, mais qui ont refusé cet appel ou ne se sont pas souciés d’en examiner la portée et la valeur : ce sont les infidèles (à rapprocher de Kafirûn : occulter la vérité, dénégateur, selon la traduction de Jacques Berque), qui ont dévié de la ligne droite;

c) ceux enfin auxquels est parvenu le nom de Muhammad, mais qui, depuis leur enfance, l’ont entendu traiter de faux prophète : “ceux-ci, à mon avis, sont dans le premier cas”. Car les mensonges dont on les a abreuvés au sujet de Muhammad ont faussé leur jugement sans que cela soit de leur faute. Cet état de choses ne leur permette plus d’enquêter sur le bien-fondé de la religion musulmane. “

Il va même encore plus loin : “A supposer enfin qu’un homme entreprenne cette recherche en tout loyauté : s’il meurt avant d’avoir atteint la vérité complète, il sera pardonné lui aussi, et bénéficiant de la vaste Miséricorde d’Allah.”

Enfin il conclut : “Elargis donc la Miséricorde du Très-Haut, et ne mesure pas les choses divines aux étroites mesures officielles.”

C’est plus particulièrement dans ce même esprit que les réformistes modernes (de la nahda), suivis des réformistes actuels du monde musulman, ont commenté ce texte en référence au Coran II:62. Rashid Ridâ(8), élève de Mohammed ‘Abdou(8) reconnaît, avec une parfaite symétrie, les différentes communautés croyantes : “Pas de problème pour ne pas ne pas faire de la foi en Muhammad une condition (de la vrai foi). Car le discours coranique porte sur la façon dont Dieu traite chaque secte ou communauté croyant en un prophète et une révélation, en particulier toute religion qui pense que son salut dans l’Au-delà serra assuré parce que musulmane, juive, chrétienne ou sabéenne, par exemple. Or Dieu dit que le salut ne sera pas le fruit des “races religieuses”, mais uniquement le fruit de la foi authentique et de son emprise sur l’âme, et des œuvres qui améliorent la condition des hommes (…). Les adeptes des religions divines, -ceux que la prédication d’un prophète a touchés sous son vrai jour (…), s’ils croient en Dieu et au Dernier Jour selon le mode authentique de croire qu’à exposé leur prophète, et s’ils accomplissent les bonnes œuvres, ceux-là seront sauvés et récompensés auprès de Dieu. Mais s’ils croient selon un autre mode, non authentique (…), ils n’obtiendront rien de ce qui a été promis. Il recevront  au contraire le châtiment dont d’autres  versets les menacent. Tel sera également le cas de ceux qui croient en parole, mais sans les œuvres.” Cela veut dire si un chrétien est sauvé, ce n’est pas son appartenance à une Église, mais sur sa fidélité à la vraie parole de Jésus, celui-là est par cette évidence, tout proche de la foi musulmane authentique”.

Du temps d’Abraham, il n’y avait ni juifs, ni chrétiens, donc pas de “races religieuses”. La vrai foi est celle d’Abraham (hanif), et il n’était ni juif ni chrétien, et il n’était absolument pas un associant (Surat III : 67) ! Peu importe en définitive, les diverses expressions de l’adoration du Dieu Un, à partir du moment où les exigences morales et sociales que demande la foi foncière, sont respectées. C ‘est pourquoi il est souhaitable -en résurgence même- que chacun entendent la parole de l’autre et la reçoive en leur cœur, si bien évidemment “aucun obstacle insurmontable ne l’en empêche, et si aucun préjugé invincible ne vient l’en détourner”(8). L’affinité entre croyants est ordonnée par Dieu.
C’est en cela que Louis Gardet en bon chrétien, aborde la question ainsi  : ” l’Islam, certes est religion, et comme tel centré sur le Coran. Mais  de par l’enseignement coranique lui-même, de par l’évolution et la constitution historiques du monde musulman, l’Islam est tout ensemble  religion, communauté, culture, civilisation”. Si cette unité complexe de cet ensemble n’est pas comprise, utopiques seront les débats dogmatiques et éthiques. C’est sur le plan de la culture et de la civilisation que le dialogue doit s’engager. Cela a déjà été le cas sous l’âge d’or à Baghdâd au Xè siècle, au XIIè et XIIIè siècle en occident et de nos jours encore avec les Congrès Avicenne, et les éditions de grands textes classiques arabes, sur lesquels chrétiens et musulmans collaborent encore.
Pour un rapprochement, le musulman doit se reconnaître dans la vision de l’Islam qu’a le chrétien, et vis versa. Tout deux ont une vision objective de l’autre.
Le musulman, à quelques exceptions près, ne s’intéresse pas au syncrétisme. Si le chrétien attend du musulman une écoute bienveillante, il faut d’abord le mettre en confiance, dans un climat de respect mutuel et surtout de la compréhension.  Il faut comprendre que le musulman considère Occidental et monde chrétien comme synonymes. Ils reprochent aux chrétiens leur passivité devant les nombreuses injustices de l’ère coloniale et surtout à l’Église d’avoir profité du colonialisme pour répandre son idéologie par des jugements contre l’Islam. Dans le même cas de figure, la passivité du pape face aux horreurs du nazisme est une aberration face au message évangélique de l’amour de son prochain. Les musulmans n’oublient pas c’est pourquoi, il est encore difficile pour lui de croire au désintéressement politique des chrétiens.
Il faut donc un effort pour le comprendre, une amitié pour la réconciliation et surtout de la délicatesse et de l’empathie. Ce sont là quelques préalables à dépasser. C’est une tâche d’amour et de paix parce que les exigences sont grandes. Seul un cœur pur et droit, de l’amour loyal et brûlant de la vérité, de l’amour désintéressé et évidemment de l’auto-critique sont les conditions de réussite. L’attitude réciproque pourrait se résumé en ceci : “tel ou tel est peut-être plus proche de Nôtres Seigneur, que je ne le suis, qu’en sais-je… Je n’ai pas la vérité, c’est la Vérité qui m’a.

Sommes-nous prêts à relever ce défit ? Ou bien cèderons-nous aux idéologies racistes du choc des civilisations ou de la suprématie d’une Religion sur une autre ?

Biblio :

Louis Gardet, “L’Islam Religion et communauté” Desclée de Brouwer

Jacques Berque, LE CORAN, Essai de traduction, éd. revue et corrigée, Albin Michel, 1995

Janine et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, éd. PUF, 1996

Muhammad al-Bahiy, al-Fikr al-islami wa silatuhu bi l’-isti’mar al-gharbi (“La pensée musulmane moderne et ses rapports avec l’impérialisme occidental”), le Caire, 1960

Mohammad Shafiq et Mohammed Abu Nimer, INTERFAITH DIALOGUE A Guide for Muslims, éd. anglaise :                                The Internationnal Institute of Islamic Though (Traduction et résumé par Marika El haki)

http://monalika08.wordpress.com/2008/08/11/dialogue-interreligieux-un-guide-pour-les-musulmans/

notes de fin de page :

(1) : abu Hassan Al Ghazali :       http://www.universalis.fr/encyclopedie/al-ghazali/

(2) : Constitution dogmatique Lumen gentium, chap. II, § 16.

(3) : abu Hassan al Ghazalî, al Radd al-jâmil p. 25

(4) : idem, p. 44 et p. 51

(5) : Etude de Louis Massignon, Le Christ dans les Évangiles selon al-Ghazâli, ap. Opéra Minora, Beyrouth 1063, t. III, pp. 523-534
Sur les attributs divins de la Trinité chrétienne, je vous renvoie au chapitre “Les attributs d’actes d’essence” sur mon site :

http://monalika08.wordpress.com/category/les-mutazilites/

(6) : Etude de Louis Massignon ibid, Appendice II, pp. 534-536 et références.

(7) : al Ghazalî, Faysal al-tafriqa bayn al-Islam wa l-zandaqa (“Principe de distinction entre l’Islam et l’impiété”)

(8) : Rashid Ridâ : 1865-1935, auteur et penseur musulman moderne, élève de Mohammed ‘Abdou (réf. ci-après) réformiste d’origine syrienne, il fonde la revue mensuelle al Manar (le Phare) qui faisait suite à la revue éphémère d’al Afghani et Mohammed ‘Abdou (ref. ci-après), de nombreux réformistes rejoindront le journal et constitueront le parti du Manar. Rashid Ridâ, s’il partageât certaine idées avec Mohammed ‘Abdou, il se préoccupât surtout de la politique. On est là dans les prémices de l’Islam politique moderne avec son Traité sur le Califat, révélateur de troubles qu’avaient causé la chute du Califat par la Turquie Kemaliste.

Mohammed ‘Abdou, disciple de Jamâl al-Dîn al-Afghâni, 1849-1905, Auteur égyptien moderne est le penseur considéré comme l’un, des principaux représentants du réformisme dont les idées exercèrent une influence considérable sur les divers aspects de ce mouvement au XXè siècle, la nahda que l’on traduit par “renouveau” ou “réveil”  islamique. Il fonde, à Paris, avec son maître, Jamâl al Dîn al-Afghâni,  un journal destiné à être publié dans les pays d’Orient. Ce journal fut interdit en Egypte et en Inde. Les publications ne durèrent que huit mois, le journal disparut à cause des autorités britaniques mais les éditions publiés eurent quand même un retentissement considérable dans le monde musulman. Le renouveau islamique (Nahda) s’est enclenché. La revue définissaient le programme de l‘islah ou de la réforme : i) la condamnation du fatalisme musulman et de la thèse hanbalite du déterminisme, ii) l’obligation de l’instruction et de l’éducation, iii) critique de l’ingérence européenne dans les pays musulmans, iv) critique du despotisme, v) prône le régime parlementaire et la science moderne. Muhammad ‘Abdou, comme son maître, défendra les libertés constitutionnelles. Nommé rédacteur gouvernemental par le khédive de son époque, il écrivit de nombreux articles incitant à  la monogamie, et continuant à publier ses idées novateurs. Plus tard il traduira du persan, la fameuse Réfutation du matérialistes qui connue un grand succès au Proche-Orient.

(9) : locution d’un Arabe chrétien

LES 73 “SECTES” DE L’ISLAM

L’affaire Chalghoumi est une confirmation de plus que les musulmans ne sont pas près à afficher leurs désaccords sur les sujets qu’ils considèrent en opposition avec leur conscience. Il ne sont pas non plus près aux vrais débats de fond (lapidation,  apostasie, sur la place de la femme dans la société, divorce et même sur le voile).

Les dialogues inter-religieux sont beaucoup plus faciles que les dialogues intra-religieux surtout en ce qui concerne les multiples différences de pensées de toute la communauté musulmane !

Les musulmans resteront tels quels tant qu’il n’imposeront pas à leurs ‘Ulama”, de toutes obédiences, de se réunir  pour un “Vatican II  islamique”  et régler une fois pour toute les questions qui dérangent.

Un des problèmes que la communauté musulmane rencontre est de croire au dogme : ” tout ce qui n’est pas sunnite est dans l’égarement…” Et donc “tout ce qui est sunnite obtient le salut”*.

Mais qu’est-ce que la sunna ? Les Shiites sont les premiers à se dire défenseurs de la sunna du Prophète (ç) ?

En effet ce qui confirme la position de rejeter “tous les autres” est dû à un Hadith connus de tous, et qui inconsciemment fait encore ravage, ce hadith le voici :

Les Juifs se sont divisés en soixante et onze sectes, les Chrétiens se sont divisés en soixante-douze sectes et ma communauté se divisera en soixante-treize sectes.”

A la question des Compagnons de savoir qui sera la secte sauvée (“al firqa al nadjiya”) ?

Le Prophète (ç) aurait dit :

« toutes iront en Enfer sauf à se conformer à ma tradition et à celle de mes compagnons. » rapporté par At-Tirmidhi, abou dawud et ibn Majja.

Pour commencer il n’est pas rapporté dans les Sahih des 2 Cheich (Bukhari/Muslim).

Dans sa chaîne de transmission il y ‘ a un menteur (qui défendait sa secte). Ensuite selon Ibn Hajjar, hadith faible à cause de ‘Amr Ibn ‘Alqama celui qui rapporte le Hadith. Et d’autres faiblesses de taille.
De plus ibn Hazm(dhahirite) a trouvé le contenu forgé sur cette phrase en particulier “toutes iront en enfer sauf à se conformer à ma tradition et à celle de mes compagnons”.

En faite ce hadith a mal été compris. C’est plutôt pour la gloire de l’Islam qu’un autre hadith lui reconnait 73 vertus en face des 71 du judaïsme et des 72 du christianisme. On a transformé vertus en branches de l’Islam et faussement aussi la “al firqa al nadjiya” est la seul qui mène au salut c’est à dire conforme à la sunna.

Fakhr ad-Dîn al Razi dans son commentaire du Coran a dit au sujet des sectes de ce hadith :

L’authenticité de cette tradition a été attaquée et l’on a fait observer que si par les 72 sectes, il faut entendre autant de divergences sur les dogmes fondamentaux des religions il y’en a pas un pareil nombre; que si au contraire il s’agit d’enseignements secondaires dérivés des doctrines fondamentales, il y’a en plus du double.

Al Ghazali (mort en1111 ap.JC) a donné une autre interprétation de ce hadith :”toute les 73 branches iront au paradis excepté une seule, les Zindiq”.

Al Ach’ari, fondateur de l’école ach’arite, qui influencera al Razi  plus tard, alors qu’il était très malade, convoqua à son chevet un homme et lui dit :”Je témoigne que je n’ai jamais regardé comme kâfir aucun des ahl al qibla (shiites et autres non orthodoxes), car tous orientent leur esprit vers le même objet d’adoration; ce en quoi ils s’écartent les uns des autres n’est qu’une différence d’expression“.

notes de fin de page :

Pour en savoir plus lire sur ce site : “Les limites de la commanderie du bien” ici   http://monalika08.wordpress.com/2010/02/11/les-limites-de-la-commanderie-du-bien-dans-les-interpretations-coraniques/
La genèse des premières divisions dans l’Islam “Ahl al ‘Adl wa at-Tawhid” ici   http://monalika08.wordpress.com/2008/08/08/7/
et un guide pour le dialogue intra-religieux : http://monalika08.wordpress.com/category/dialogue-interreligieux/

* Voir sur ce site :  Coran et Sunna : Quelles différences ?

http://monalika08.wordpress.com/category/islam/

Le Judaisme Juge Le Sionisme

DIALOGUE INTERRELIGIEUX, UN GUIDE POUR LES MUSULMANS

Présentation du Livre :

“ INTERFAITH DIALOGUE A Guide for Muslims”

Edition anglaise : The Internationnal Institute of Islamic Though (IIIT)

Auteurs : Mohammad Shafiq et Mohammed Abu Nimer                                                                                       

 

1-  Biographies des auteurs :

 

Mohammed Abu-Nimer est un éminent expert du dialogue arabo-juif et de la paix en zone de conflit. Entre autres compétences d’importance, il est Directeur de l’Institut de la Paix et du Développement à l’Université américaine. Il a eu plusieurs prix pour la Paix. Publication : Plusieurs livres dont : Dialogue Interconfessionnel au Moyen-Orient.

Mohammad Shafiq est le Directeur Général du Centre d’Etude pour le dialogue interreligieux au Collège de Nazareth, à Rochester, New York. Il est Imam et participe activement dans plusieurs forums interconfessionnels. Publication : plus de 40 articles et plusieurs livres sur le dialogue interreligieux. « The Growth of Islamic Thought in North America » (amana, 1994).

2-  Présentation de l’oeuvre :

 

Rédigé par Muhammad Shafiq et Mohammed Abu-Nimer, ce livre a vu le jour dans le cadre d’un grand projet impliquant de très importantes Organisations interreligieuses telles qu’ILDC et Salam. Ces derniers ont organisé plusieurs réunions entre les principaux érudits musulmans et les chefs religieux pour aider à élaborer ce Guide. C’est une approche islamique dont l’objectif est une meilleure communication interconfessionnelle. Les auteurs exposent les problèmes éthiques et pratiques prudentes –en accord avec de nombreux versets coraniques- dont la plus importante directive coranique en la matière est « de discuter avec eux de la plus belle façon » (16 :125).  

 

 

A- LA RESURGENCE DU DIALOGUE INTERCONFESSIONNEL : Les musulmans, aux yeux des Occidentaux, portent l’image d’ennemis des autres religions. Les croisades, la Renaissance et les Orientalistes du 19è s. furent préjudiciables aux musulmans. Des mouvements de Libération et l’anticolonialisme se sont crées dans certains pays, surtout en Palestine, après la 2nd Guerre Mondiale. Les films hollywoodiens ont véhiculé une vision contraire à la vraie nature de l’Islam : Moïse et Jésus ont utilisé la lumière de la raison pour sauver les âmes alors que Mohammed a prêché avec l’épée et converti avec force. En sus, le 11 septembre, a provoqué une multitude de questions à propos de son message de paix. Cette date reste une épreuve pour les musulmans. Les arabes ont subit toutes sortes d’humiliations.  

 

B- LES OBJECTIONS DES MUSULMANS AU DIALOGUE : Certains musulmans s’opposent à toute participation par peur de créer une nouvelle religion. Ils sont sûrs que les rituels et prières communs sont une innovation. Pourtant le Coran dit que la beauté de l’humanité c’est la pluralité des communautés, sinon Dieu nous aurait formés d’une seule nation (10:99 et 5:48). D’autres pensent que ce dialogue est un appel à la conversion à l’Islam. Cela est faux. Les autres confessions seraient sur la défensive. Il n’y a pas de polémique dans ce dialogue moderne qui ne cherche nullement à créer une nouvelle religion ou l’abandon des piliers de l’Islam. Les Imams pourraient l’enseigner et ainsi réapprendre l’art de l’écoute, comprendre leurs similitudes et leurs différences à travers des discussions théologiques et philosophiques, évaluer la spiritualité des autres peuples par l’enseignement de leur histoire et travailler ensemble, avec un projet commun en relation avec la justice et l’aide humanitaire…

                                                                                           

C- REPONSE A L’OECUMENISME : HISTOIRE D’UN DIALOGUE : En 1910, a eu lieu la toute 1ère Conférence Mondiale des Missionnaires Chrétiens. Ce fut un échec en raison de leur supériorité envers les autres religions. Après la 2nd Guerre Mondiale, leurs efforts, divisés, restaient désastreux. Les Eglises y remédient en créant le Conseil Mondial des Eglises (WCC). En élaborant des stratégies actives pour travailler humainement avec les non Chrétiens, le WCC organise deux autres Conférences Mondiales, en 1961 et en 1967. Le Pape Jean XXIII, en 1962 met en place Vatican II. Ce qui aura pour finalité l’œcuménisme. Des échanges intra-religieux et interreligieux sur « le Patrimoine spirituel » débutent avec les Juifs et se poursuivent avec les Musulmans qui « croient en Un Dieu Unique et honorent tous les prophètes ». L’Indouisme est perçue, dorénavant, comme une religion à travers laquelle « Hommes et Femmes contemplent le mystère Divin » et le Bouddhisme « qui reconnait ses limites au Monde en mouvement ». L’œcuménisme est une étape majeure. Elle encourage la spiritualité et les vérités morales. Les musulmans pourraient en faire autant en se basant sur sa propre histoire qui n’est pas étrangère à ce type de dialogue. A l’instar de la communauté musulmane de Rochester de New York, ils y participeraient activement, créeraient un pont avec les autres communautés religieuses et protégeraient ainsi tous les musulmans des environs.

 

D- LES ARGUMENTS DES OPPOSANTS : Les opposants utilisent certains versets du Coran pour appuyer leurs arguments alors qu’au contraire le Coran et les Hadith confirment le dialogue entre musulmans et non musulmans. Se servant du verset (2 :120), ils condamnent tout dialogue. Heureusement, une approche scientifique de l’Histoire, révèle le contexte de ce verset : Dieu a demandé aux musulmans qui priaient vers Jérusalem, de prier dorénavant vers la Mecque. C’est dans ce seul cas que Dieu a dit que les Juifs et les Chrétiens en ce temps, ne seraient satisfaits jusqu’à ce que le prophète ne rallie leur croyance. Ce verset ne dit pas de rompre tout lien avec eux, mais les informe qu’une entente absolue est impossible. Par une mauvaise compréhension, les Musulmans accusent ces activités interreligieuses de tenter une expansion de la politique occidentale et d’éradiquer l’Islam. Cette crainte est justifiée du manque de confiance et d’endurance spirituelle. Ces déficiences proviennent d’absence d’opportunités de présenter l’Islam.

 

E- LES ARGUMENTS DES AUTEURS / INVITATION AU DIALOGUE                  

Avec le verset 3:110, le Coran appelle la communauté musulmane à devenir individuellement ou ensemble, « la meilleure communauté ». Beaucoup de Musulmans disent que le dialogue interreligieux est une possibilité que s’amenuise le devenir de « la meilleure communauté ». Ils oublient que le prophète s’est engagé lui-même par l’apport du dialogue. Le respect des « gens du Livre » n’est nullement de les aimer ou d’adorer leur religion dans le sens de devenir un seul avec les autres. Cette méthodologie du dialogue force d’elle-même les Musulmans à réexaminer et à reconfirmer leur propre identité religieuse. D’un coté plus optimiste, les communications avec l’occident et ses sociétés pluralistes peuvent apporter, individuellement, aux non Musulmans, la connaissance et la compréhension de l’Islam.  

 

MANUEL POUR LE DIALOGUE INTRA RELIGIEUX ET INTERRELIGIEUX. Si les différences entre des personnes de même confession où de confessions différentes sont naturelles, Mohammad Shafiq insiste sur le faite qu’il est plus difficile de mettre en place avec succès un dialogue entre les Musulmans de différentes doctrines que de mettre en place un dialogue interreligieux. Les musulmans restent divisés mais ne veulent pas le reconnaître, ce qui rend plus difficile le dialogue intra-religieux pour les leaders. En général, beaucoup d’imams ne sont pas entraînés aux règles et aux codes (adab) pour discuter dans ce type de dialogue. Les autres communautés religieuses ont depuis longtemps acquis l’expérience de l’engagement intra-religieux. Ils ont évolué en pratiquant la technique de ce dialogue et sont donc plus enclin à s’ouvrir et écouter les autres. Les auteurs illustrent plusieurs principes de directives coraniques décrites à la page 23 : des techniques de communications qui pourraient être enseignés en direction des musulmans comme être polis et s’éloigner de la haine, parler avec douceur, ne pas médire sur autrui ni des autres religions, proscrire la colère et être tout pardon, patient, équitable et respecter la dignité humaine.

Pour qu’un dialogue intra-religieux réussisse, les Musulmans ont intérêt à développer ces compétences fondamentales. Si pour les communautés vivant dans l’Ouest, le dialogue interreligieux devient une nécessité, le dialogue intra-religieux l’est encore plus. Elle garantit une meilleure cohérence entre Musulmans et apporte l’Unité surtout en ce qui concerne la solidarité musulmane. Une bonne organisation des Musulmans sera plus respectable et aura plus d’impact, lors des dialogues interreligieux, qu’une communauté désorganisée.

 

Les auteurs demandent aux leaders de ces rencontres d’avoir toujours en tête qu’ils sont, avant tout, les représentants de l’Islam et de son prophète qui enseigne une attitude positive. Leurs comportements doivent être le reflet des ces principes. Il est donc essentiel, pour fonder de bonnes bases, d’avoir une bonne éducation (adab) et de bonnes manières. Pour les aider, il existe un manuel, en dix commandements, du dialogue interreligieux publié par Léonard Swidler (Temple University, Département of Religion) dont les détailles peuvent être lus à la page 25. Le même type de manuel existe aussi du coté musulman, en cinq commandements, écrit par Isma’il R. Al-Faruqi (professeur de M.Shafiq et pionnier de ce type de dialogue).  

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.