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Monument dédié aux esclaves, offert par la guadeloupe au Sénégal

Monument dédié aux esclaves, offert par la guadeloupe au Sénégal

A la veille du 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, la France célèbre depuis 2006, sa commémoration nationale. Alors que dans les territoires d’Outre-mer, on la célèbre déjà depuis longtemps à des dates différentes (Martinique : le 22 mai ; Guadeloupe : le 27 ; Guyane : le 10 juin ; la Réunion: le 20 décembre et Mayotte : le 27 avril), dans l’hexagone, celle-ci, « ne se substitue pas aux autres dates qui existent déjà dans chaque département d’Outre-mer… » Hélas, essentiellement régionales.

Au risque de se voir contester ce choix par les associations de défense pour la mémoire des esclaves, c’est l’ex-Président de la République, Jaques Chirac, qui annonce que le 10 mai, est Jour de Commémoration de l’Abolition de l’Esclavage. Il justifie ce choix par l’anniversaire de l’adoption de la loi Taubira du 10 mai 2001. Cette loi- votée au parlement à l’unanimité – « rend aux millions de victimes anonymes de l’esclavage, mémoire et justice ». Une reconnaissance nationale pour «crime contre l’humanité », l’esclavage et les traites négrières.

Pourtant bien plutôt, le 23 mai 1998, une marche silencieuse à Paris, comptant 40 000 français venant des territoires d’Outre-mer, a eu lieu pour l’obtention d’une date qui aurait pu être le 23 mai « en mémoire à des millions de victimes de l’esclavage colonial ». Le comité du 23 mai 1998, regroupant un ensemble d’associations antillaises et guyanaises, militait pour cela. Son président a déclaré que « la décision du Président de la République est caractérisé anti-démocratique ». Alors que même des députés UMP et PS des Antilles, les partis communistes et socialistes soutenaient le 23 mai.

Si, comme le souhaitait Jacques Chirac, le 10 mai doit être « une mémoire véritablement partagée », permettre « la diversité française » et renforcer « la cohésion nationale », tout cela sous la même bannière, l’identité nationale.

Alors ! Pourquoi pas Une date nationale unique afin de se recueillir,  se souvenir ensemble ?  Au delà de la reconnaissance, c’est un rassemblement à l’échelle universelle qui se doit d’être commémoré aux noms de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants que le colonialisme a déracinés, maltraités au nom du code noir légalisant le commerce d’âmes humaines, et l’abomination.  Ces siècles sombres de l’esclavage ont laissé des traces dans non entrailles inconsciemment ou consciemment.

Pour que cela n’arrive plus jamais :

Une SEULE commémoration à retenir : l’Unité d’une date !

 

Gallerie photos

 

LES ACCROCS DU TIERCE

C’est un troquet somme toute banal, au détail près… « Au Commerce » de la rue des Martyrs dans le 9ème arrondissement, on joue tous les jours aux courses de chevaux.

12h36. Dans la pièce des jeux, une vingtaine de places assises restent vides. La première course débute à 14h. Samy H., 23 ans, encaisseur des paris, aide Elias, son cousin, au bar en attendant les premiers turfistes. Il n’arrête pas de faire l’aller retour entre son box, fermé de 2m2, d’où il encaisse les paris à travers une petite vitre, et le bar. Samy connaît tous les turfistes. Des habitués, il y en a une dizaine tous les jours, 30 avec les occasionnels. Par semaine on compte jusqu’à 200 turfistes. Le Week End ça peut monter jusqu’à 400. Samy distingue deux sortes de joueurs : les parieurs de toutes petites sommes, une majorité et 5 bons parieurs qui mettent en jeux 100 à 400 euros par jours sur 16 compétions. Ceux là sont des patrons de commerce, des chauffeurs de taxi ou des travailleurs de nuit. Les autres sont des « intermittents » du jeu. Ils parient pendant leur pause déjeuner, repartent travailler et reviennent vers 18 h pour encaisser, s’ils ont gagné.

« C’est une drogue, un vice comme l’alcool. On peux gagner beaucoup d’argent. On peut en perdre. On peut continuer à rejouer pour « se refaire ». Chacun garde l’espoir de gagner le Jackpot » commente Samy qui lui, ne joue jamais. Catherine C., 53 ans est femme de ménage. Elle élève seule ses 2 adolescents de 14 et 16 ans. Toujours vêtue de blanc avec son bermuda et ses cheveux courts presque blancs, Catherine pette la forme. Elle joue tous les jours y compris le Week End pour une dizaine d’euros et débute toujours avec 2 euros, le « Quinté Spot » (5 numéros pris au hasard par une machine). « Question de feeling ! » S’exclame-t-elle. « Cela est du domaine de la numérologie ! » Elle joue une date de naissance, numéro d’un proche, le 14 qui est celui de sa cousine. « Il est sorti 2 fois vendredi et dimanche ! » s’écrie-t-elle. Elle joue aussi le 3, son porte-bonheur, elle remporte toujours avec le 3. Catherine ne gagne en fait pas beaucoup d’argent mais jouer tous les jours, 10 euros lui permet de stabiliser sa situation financière et de « mettre du beurre dans les épinards ». Le dernier lundi de Pâques, elle a empoché 98 euros. Catherine s’est acheté des vêtements. Elle peut aussi se faire plaisir : aller au cinéma et surtout payer une facture en retard. Ses dix heures de ménage par semaine, ne lui permettent pas de jouer gros. Heureusement ! Dit-elle. Si elle avait de l’argent, elle jouerait beaucoup plus !

13h38. Les habitués, comme Catherine épluchent leur journal, étudient les différents partants.

Autre mordu des courses : Philippe l’élégant comédien de 40 ans. Il est bel homme. Il porte un complet anglais de couleur bleu marine sans cravate et des petites lunettes rectangulaires. Un air de parfait gentleman. Philippe dépense en moyenne 60 euros par jour, en gagne 100 par semaine, son numéro fétiche : le 9.

13 h 58 : Top départ. Silence général au café. Les yeux des 20 turfistes sont rivés sur le grand écran plat. On a monté le son. C’est parti ! Brouhaha général et soupirs trahissent le relâchement des tensions. Les chevaux courent à une distance de 2000 mètres en terrain plat pendant 5 à 6 minutes. L’attention des turfistes à repérer leurs chevaux est redoublée. Le ton des joueurs monte en accord avec la rapidité des chevaux. Philippe relève sa veste, se positionne sur sa chaise, pose ses coudes sur la table, se redresse et réagit : « Vas y, vas y le 20 ! » Catherine s’écrie : « Allez Pousse bébé ! Pousse ! Allez commandeur ! Allez ! Allez ! Allez ! Pousse ! Pousse ! Pousse ! On dirait une sage-femme aidant à l’accouchement.

Arrivée : 19. 4. 3. 8. 2. Catherine a perdu, Philippe aussi. Mais l’après-midi n’est pas terminée. En attendant les prochaines courses, ils parlent de leur quotidien, des élections présidentielles. Dans ce café, on se moque bien des 28° qu’il fait à l’extérieur. C’est un petit village où chacun a besoin de reconnaissance. Lucy 75 ans, retraitée d’une toute petite pension, vit seule dans son studio du 18ème arrondissement. Elle vient « au Commerce » pour y trouver chaleur humaine. Les gagnants lui donnent toujours une pièce ou deux. Catherine est plus généreuse. Si elle remporte un gain de 30 euros, elle en donne 10.

« Les personnes âgées sont très respectées ici » signale Catherine « C’est dû au tempérament kabyle de Samy, d’ Elias et de leur oncle. Généreux, sensibles, démonstratifs, ils se mettent au même niveau que leurs clients ». Sur une ardoise accrochée à l’entrée de la salle, ces mots : « Café au jeu, 2 €. Merci ». Catherine prend un seul café de 15h à 18h00. « Ici, cela ne dérange pas. Ailleurs, il faudrait renouveler la consommation toutes les heures, sinon on nous regarde de travers » conclut-elle.

« Au Commerce » , les habitués ne vont jamais ailleurs !

LES MILLE ET UNE CULTURES DE MÔ, LE MELOMANE

Déjà la nostalgie… Pour retrouver l’émotion du festival de Constantine en Algérie du 7 au 12 avril dernier, Mô le flûtiste organise ce soir, chez lui, une « gaâda », veillée en arabe. Amis et musiciens vont y découvrir la vidéo du concert.

Karim Kaïssa, sa guitare posée tout près de lui avec ses cheveux mi-longs et bouclés n’a rien d’un berbère traditionnel marocain. Il fait plutôt penser à un gitan andalou comme Tomatito ou Paco de Lucia, dont il s’inspire. Abdesslem Gherbi, le percussionniste dijonnais a apporté son « gumbri », (instrument à 3 cordes qui sert de basse), joué par les « gnawas » (confréries sacrée d’afrique noire installée dans le sud du Maghreb depuis le XIème siècle). Ibrahima Gueye, le doyen « wolof », tribut sénégalaise, l’âme rythmique du groupe, retrouve son sabbar (percussions sénégalaises) et les fait « sonner » à l’aide de sa main et de sa baguette. Mô, le flûtiste compositeur / arrangeur, le « nefs » enchanteur, littéralement : l’âme/le souffle du groupe déroule la vidéo…

Myriam l’attachée de presse, présente l’équipe des « quatre » à la manière d’une conteuse : « Nous sommes très heureux d’ouvrir le 5ème festival DimaJazz, avec NEFS QUARTET. Un « quartet » né de l’envie de Mohamed Beddiar, jeune flûtiste franco-algérien. Nourri d’influences caraï-beenne, brésilienne, espagnole, et africaine, il a grandi et vécu à Paris.… » Elle raconte les voyages, les longs séjours en Guadeloupe et en Espagne, les rencontres déterminantes avec des musiciens de renommée comme Roger Despland et Jorge Pardo. « …Mô a beaucoup travaillé, il a complété son savoir faire en se formant dans des écoles de Jazz à Paris : Américan School et I.A.C.P***…»

Ses rencontres « enchantées » le transporte à bord d’une machine à remonter le temps Voyageant à travers des cultures initiatiques ancestrales de musiques « Peul » (tribut africaine) « Gnawa » et « Wolof ». Mô et sa formation transmettent la magie. Flûte et guitare… la mélodie remplit l’espace, laisse place à une mosaïque de couleurs sonores aux rythmes lents d’une « Granaïna » traditionnelle flamenco. Le duo se transforme en trio avec Abdesslem Gherbi.

Le « quartet » est au complet avec Ibrahima Gueye, le quatrième « souffle ». De vrais sorciers ! L’âme du public est captivée par leur sortilège. Le souffle des auditeurs est suspendu, en symbiose avec Nefs QUARTET pendant une heure… Voyage méditatif au centre de contrés lointaines. La vidéo s’achève. L’équipe reste émue.

Ce musicien du XXIème siècle, poursuit sa quête et puise tout un patrimoine ancestral humanitaire pour se construire authentiquement par… L‘expérience complète.

L’AFFAIRE MUMIA ABU-JAMAL : COUPABLE, CONSPIRATION OU ERREUR DE JUGEMENT ?

Marika El Haki

La Cour d’appel fédéral américaine de Philadelphie, délibérant depuis le 17 mai 2007, à propos de « l’affaire Abu-Jamal » a enfin prononcé son verdict final, vendredi 28 mars, après une attente interminable qui a duré plus de 10 mois. Mumia Abu-Jamal, célèbre journaliste afro-américain, engagé, condamné à la peine de mort depuis son jugement en 1982 pour le meurtre d’un policier blanc. Les doutes qui pèsent sur sa culpabilité d’assassinat n’ont pas été levées ce 28 mars. Même  si l’on peut se réjouir que l’ordonnance d’exécution par injection létale n’ait pas été prononcée et qu’il sort enfin du couloir de la mort, la révision de son procès ne lui a pas été accordée. Sa culpabilité dans ce meurtre est confirmée. C’est sur un vice de procédure que sa peine de mort se voit commuée en peine à perpétuité.

Depuis 26 ans, l’affaire Abu-Jamal soulève la polémique à travers le monde. Pour le plus célèbre condamné à mort (et ses comités de soutien, dont le plus important se trouve en France), c’est la conspiration d’un Etat contre « la voix des sans voix ». Le journaliste noir qui dérange et que l’on veut taire à tout prix. Pour les autres, il  est tout simplement coupable d’assassinat. Avec le temps, le sort de Mumia, dans le couloir de la mort, le destine à devenir le symbole de la lutte contre la peine de mort. Sans pour autant se faire une idée sur sa culpabilité, toutes les associations contre la peine de mort le soutiennent. Mais les actions en sa faveur, venant du monde entier, les tentatives d’exécution de 1995 et 1999 -annulées grâce aux mobilisations internationales- et les failles du procès de 1982 n’ont pas suffit à valider les multiples requêtes en appel, en faveur d’un nouveau procès, pour celui qui clame son innocence depuis plus d’un quart de siècle. Les 3 juges, chargés d’examiner les requêtes reposant sur les inégalités du procès vieux de 26 ans, ont entendu les arguments de la Cour d’appel fédéral (lire encadré du compte rendu, audience du 17 mai 2007). C’est la reconnaissance sur l’habea corpus (loi fédérale liée aux droits fondamentaux de la constitution américaine) qui a sauvé Mumia. A défaut de lui procurer  un nouveau procès, les juges ont préféré conclure à un vice de procédure et commuer la peine de mort en peine à perpétuité. Pour comprendre, comment ce sombre procès, de 1982, s’est déroulé, il est essentiel de revenir aux faits et comme le précise notre regretté Jacques Derridas, dans la préface du livre de Mumia Abu-Jamal, En directe du couloir de la mort, «On passerait des heures à énumérer toutes les irrégularités qui ont entaché cette mascarade judiciaire  dont tous les éléments sont maintenant rassemblés et bien connus du monde entier». Cette nouvelle enquête permet de mieux cerner le cas Abu-Jamal et de lui apporter un éclaircissement pour tous ceux qui le souhaitent.

« Habeas corpus » Les droits individuels ou « bill of right ». Le 5ème amendement de la Constitution américaine stipule que tout citoyen a le droit d’être jugé par ses pairs. Les jurés en 1982 étaient en majorité blanc (10 blancs/2 noirs). Mumia est victime de la partialité des jurés. Le 6ème amendement dit que toute procédure pénale de l’accusé doit bénéficier d’un procès public et rapide par un jury impartial de l’Etat où le crime a été commis. Il doit être informé de son accusation, confronté aux témoins. Il a le droit d’avoir l’assistance d’un avocat. Tous les témoins de la défense ont été rejetés. Il n’y a eu aucune confrontation de reconnaissance avec les témoins à charge. Mumia n’a pas eu le droit de se défendre correctement. Son avocat incompétent, commis d’office n’a pu obtenir que 150 euros pour enquêter. Mumia souhaitant se défendre lui-même, s’est vu refuser toute défense et expulser de son propre procès. Le 14ème amendement proclame le droit de citoyenneté pour toute personne née et naturalisée aux Etats Unis.

La sentence de la condamnation à mort donnée par le juge Sabo s’est portée essentiellement sur trois éléments :
1. La « confession » d’Abu-Jamal pendant le transport à l’hopital « j’ai tiré sur ce fils de pute et j’espère que ce fils de pute est mort »
2. Les trois témoins certifient avoir vu Abu-Jamal tirer sur le policier, une balle dans le dos et une en pleine tête.
3. Le révolver trouvé par la police appartient à l’accusé.

Un juge morbide  pour un procès expéditif :
Le juge Sabo, détient le record des condamnations à mort aux Etats Unis. Dans une période de 14 années, il a mis trente-et-une personnes dans le couloir de la mort. Tous afro-américains sauf deux. Membre de la Fraternal Organization of  Police (F.O.P) –association qui milite jusqu’à ce jour contre Mumia- Cet ancien shérif adjoint a décidé, à deux reprises, du sort de Mumia. La première fois, il le condamne à la peine capitale pour meurtre au premier degré avec préméditation. Il l’expulse de son propre procès, parce que Mumia voulait user de ses droits d’assumer sa propre défense (l’avocat commis d’office selon lui est incompétent) et de bénéficier de l’assistance de John Africa, en qui il avait confiance. Le jugement s’est déroulé avec un avocat « non préparé », qui, même s’il avait été compétent, sans Mumia, ne pouvait pas connaître les circonstances et les interrogations faites aux témoins. De plus aucun procès verbal n’est parvenu dans sa cellule. La deuxième fois, lors de l’audience en 1995 – appel à la Cour suprême de Pennsylvanie (recours « post condamnation »)- il refuse les 22 arguments de la défense. Il appuie l’ordonnance d’exécution, en formulant 290 conclusions. Aucune en faveur de Mumia. Le 7 août 1995, dix jours avant l’exécution prévue, Mumia est sauvé de la mort, in-extremis, par un report de la peine par la Cour suprême. Ce juge, se confondant en excuse envers la veuve du policier, annonce solennellement qu’il ne pourrait y avoir d’exécution avant que Mumia n’épuise tous ses appels.

Une balle « perdue »
En décembre 1981, Daniel Faulkner, officier de police de Philadelphie a été tué par balles. Il a été touché dans le dos. Le premier coup n’a pas été mortel. Il était encore capable de riposter. Mais l’autre balle a atteint la tête. Mumia Abu-Jamal, alors chauffeur de taxi, déposant un client, assiste à l’altercation entre son frère et un officier de police. Il sort de sa voiture pour rejoindre son frère. Quelques minutes plus tard une patrouille de police, arrivant sur les lieux, trouve Mumia assis tout près du policier mort, un révolver (obtenu légalement par Mumia) à quelques pas de lui. Abu-Jamal est blessé dans l’estomac. La balle extraite du corps, appartient bien au révolver de l’officier de police mort. Celle de ce dernier est trop endommagée pour être identifiée avec certitude. Les expertises ne démontrent pas que la balle provenait du révolver de Mumia. Impossible maintenant de le vérifier. Selon Albert Sabo, juge de l’audience en appel (Post Conviction Relief Act) en 1995, la balle extraite du corps de l’officier est perdue. Transporté à l’hôpital, dans un état critique, Mumia est opéré et sauvé.

1. La « confession » d’Abu-Jamal pendant le transport à l’hopital : les témoignages à charge du policier Gary Bell et de l’agent de sécurité, Priscilla Durham sont retenus malgré deux autres témoignages de la défense qui les contredisent. Tout deux ont certifié avoir entendu la confession d’Abu-Jamal. L’officier –un ami proche de D. Faulkner- se trouvait avec Abu-Jamal à l’entrée de l’hôpital quand il a entendu la confession. Priscilla Durham déclare qu’elle a rapporté les aveux de Mumia, le jour d’après, à son superviseur, mais pas à la police. Elle signale aussi que le superviseur en a fait un rapport écrit. La Cour n’en a jamais vu la couleur. Mais curieusement, son superviseur meurt subitement. Le procureur, envoie immédiatement un policier à l’hôpital et revient avec un rapport imprimé. Pricilla Durham, désavoue ce rapport attestant qu’il était manuscrit et non tapé. Le juge Sabo, malgré l’objection de la défense comme non authentique, a ajouté l’élément comme une évidence supplémentaire à la culpabilité d’Abu-Jamal. Il justifie laisser les jurés décider de la validité de cette pièce à conviction. Ces deux témoignages sont contredites par deux autres officiers de police : Gary Wakshul est resté avec Abu-Jamal, pendant le transport à l’hôpital, depuis la scène du crime jusqu’à l’intervention chirurgicale pour extraire, de son dos, la balle tirée par D. Faulkner. Il a témoigné que « l’homme noir n’a fait aucun commentaire.». Idem pour l’autre officier, Dan Williams qui déclare mot pour mot le même témoignage.

2. Les trois témoins affirment avoir vu Mumia tirer deux balles sur le policier : Le témoignage le plus dommageable pour l’accusé, est celui d’une prostituée afro-américaine, Cynthia White. Elle dit avoir vu toute la scène du meurtre depuis le début jusqu’à la fin. Pourtant ses dépositions se contredisent. Le matin du meurtre, elle déclare avoir entendu une série de coups de feu. Quelques jours après plusieurs interrogations, elle signale en avoir entendu seulement deux avant que l’officier de police ne tombe. Dans une autre déposition elle certifie que Mumia portait une arme dans sa main gauche. Trois jours plus tard, elle dit ne plus être sûre. A la Cour elle nie ses précédents témoignages. Cynthia White, prostituée et utilisant des drogues était particulièrement vulnérable pour la police qui l’interrogeait. La police aurait-elle extorqué des aveux en lui faisant dire ce qu’ils voulaient entendre pour condamner Mumia et la laisser ainsi libre de se prostituer ? Elle avait été arrêtée plus de trente-cinq fois par la police et venait d’être arrêté par deux fois peu avant l’incident. Au moment du procès, elle purgeait une peine de 18 mois pour prostitution dans le Massachussetts. D’autres prostituées qui la connaissaient ont rapporté que C.White a échangé son témoignage contre un « deal » avec la police. Amnesty International a rédigé un pamphlet, édité en 2000 : « The case of Mumia Abu-Jamal a life in the balance » mettant en lumière les nombreuses failles du procès par une enquête qui retrace l’affaire. Dans leurs informations, seule Cynthia manque, les autorités sont incapables de la retrouver. Lors de l’audience en 1995, le procureur déclare la mort de cette femme en montrant un certificat de décès au nom différent de Cynthia Williams datant de 1992. On ne saura jamais la vérité sur ce qu’elle a réellement vu.

Le deuxième témoignage, c’est celui de Véronica Jones, une autre prostituée, présente sur les lieux du crime. Véronica Jones atteste dans sa déposition initiale, avoir vu deux personnes s’enfuirent du lieu du crime. Elle revient sur sa déposition en 1995. Dans son attestation sur l’honneur, elle explique son revirement et ses démêlés avec les policiers : « ils m’ont dit que si je témoignais contre Jamal et identifiais Jamal comme celui qui a tiré, je ne devrais pas m’inquiéter à propos des charges qui pèsent contre moi…les enquêteurs m’ont harcelée, me remettant en mémoire que je risque une longue peine de prison –15 ans¬- Je savais que si je témoignais pour la défense de Jamal, j’allais me retrouver en prison pour de longues années. » En effet, juste après l’audience, le juge Sabo l’expédie deux ans en prison.

Le troisième témoin est un jeune chauffeur de Taxi, Robert Chobert : Dans sa (toute) première déposition, il déclare avoir vu un homme tirer et partir en courant. Il mesurait environ 1 m 87 et devait peser autour de 110 kg. Mumia Abu-Jamal mesure 1 m 85 et pèse à peine 85 kg. Il dit qu’aussitôt après le coup de feu, il est sorti de son taxi, puis a marché en direction de Daniel Faulkner qui s’effondrait à terre. Par la suite dans une autre interrogation, Robert Chobert se rétracte en affirmant que c’est Mumia Abu-Jamal qui a tiré sur D. Faulkner. Comme le rappelle Dave Lindorf, avec perspicacité dans son livre, An investigation into the death row case of Mumia Abu-Jamal : « Robert. Chobert sortirait-il de son taxi pour marcher en direction de la scène du meurtre, s’il pensait que celui qui a tué était encore assis, son revolver, à portée de main ? Personne ne lui a posé cette question là ». Expérimenté pour avoir été journaliste depuis 30 ans, Dave Lindorf a reçu le prix du meilleur enquêteur-journaliste reporter. Il connaît bien Philadelphie pour y avoir vécu avec sa famille pendant 10 ans. Il s’est avéré que le juge et le procureur ont dissimulé aux jurés que ce dernier était sur le coup d’une condamnation au moment des faits, pour avoir jeté un cocktail Molotov à l’intérieur d’une école publique… pour de l’argent. Il a été libéré sur parole. La défense a tenté de le dire au moment du procès, mais le juge Sabo a rejeté l’objection. Il affirme que ce n’est pas une preuve de faux témoignage. Robert Chobert, chauffeur de taxi conduisait illégalement. Sa licence lui a été retirée. Comme le remarque encore, Dave Lindorf : « Comment est-il possible qu’un homme, en situation irrégulière  puisse se garer juste derrière la voiture d’un policier, sortir de sa voiture pour aller au devant de la police ?». Serait-ce pour récupérer sa licence en échange d’un témoignage ?  Si les jurés en avaient pris connaissance, ils auraient eu des soupçons sur le caractère belliqueux de cet homme et auraient eu la liberté de juger de la recevabilité ou non de ses propos.

3. Que disent les preuves balistiques sur le révolver de Mumia ?
Cinq balles du révolver de l’accusé manquent. Mais la police oublie de vérifier si les tirs entendus provenaient bien du révolver de Mumia. Il suffit simplement de tester le canon du révolver par olfaction. Ce test est possible cinq heures après le crime. En plus de cette erreur, la police n’a relevé aucun test chimique des mains d’Abu-Jamal pour s’assurer que c’est bien lui qui a tiré avec son révolver, récemment. La toute première expertise médicale a découvert que la balle retrouvée sur le corps de D. Faulkner est d’un calibre 44, celui d’Abu-Jamal est d’un calibre 38. Au procès, l’expertise médicale n’a pas été reconnue comme une expertise balistique.

Les témoins cruciaux morts ou disparus
Les principaux témoins qui auraient pu participer à une vraie reconstitution du crime sont soit morts, soit disparus. Le frère de Mumia, est introuvable. Pourtant il est le témoin capital de l’altercation avec le défunt policier Daniel Faulkner. M. Freemann qui accompagnait le frère est décédé d’une crise cardiaque, le même jour que l’assaut de la police philadelphienne sur le groupe MOVE en 1985. La défense n’a jamais retrouvé le riverain qui devait témoigner, le jour du jugement, avoir vu un homme tirer et s’enfuir. Le cadavre de Cynthia White n’a pas été reconnu par sa famille. Le certificat de décès du nom de William est-il bien celui de la prostituée ?

Depuis avril 1996, une loi contre le terrorisme et pour l’efficacité de la peine de mort a été validée par le président Clinton. Cette loi stipule que les tribunaux fédéraux ne peuvent plus procéder à de nouvelles enquêtes judiciaires indépendantes. Les juges doivent, dorénavant, se référer aux dossiers transmis par les tribunaux d’Etat. Le tribunal fédéral de Philadelphie, dite « haute Court » ne pourra donc plus  prendre en compte les nouvelles enquêtes.

A travers tous ces constats, il est clair qu’il y a une véritable volonté d’exécuter «the voice of the voiceless » quand Jacques Derridas  écrit à son propos « … La plupart des Noirs du jury ont été récusés, les moyens d’enquêter en fait refusés, un avocat a été commis d’office et choisi pour son incompétence, un policier qui aurait pu témoigner en faveur de l’accusé a été mis à l’écart, sans oublier les contradictions sans nombre des témoins de l’accusation… ». « La voix des sans voix », considérée comme dangereuse et subversive, depuis l’âge de 15 ans, continue de crier haut et fort, les inégalités sociales et raciales, malgré ses menottes et l’isolement sensoriel haute sécurité. De sa cellule d’environ six mètres carrés, Mumia Abu-Jamal, l’intellectuel, le journaliste et l’écrivain a publié plusieurs livres lus dans le monde entier. Il dénonce encore, les conditions inhumaines des damnés en sursis du couloir de la mort. C’est sans doute la raison pour laquelle, dans la plus grande démocratie occidentale, on la censure. Mais Mumia Abu-Jamal, en direct du couloir de la mort, nous rappelle qu’en Pennsylvanie -pourtant, lieu de naissance de la Constitution des Etats Unis- c’est la violation même de la Constitution qui est en cause, bien plus qu’un vice de procédure. Puisse sa voix continuer à être entendue depuis la France jusqu’à Washington et mettre enfin de la lumière sur l’Affaire Mumia Abu-Jamal.

DIALOGUE INTERRELIGIEUX, UN GUIDE POUR LES MUSULMANS

Présentation du Livre :

“ INTERFAITH DIALOGUE A Guide for Muslims”

Edition anglaise : The Internationnal Institute of Islamic Though (IIIT)

Auteurs : Mohammad Shafiq et Mohammed Abu Nimer                                                                                       

 

1-  Biographies des auteurs :

 

Mohammed Abu-Nimer est un éminent expert du dialogue arabo-juif et de la paix en zone de conflit. Entre autres compétences d’importance, il est Directeur de l’Institut de la Paix et du Développement à l’Université américaine. Il a eu plusieurs prix pour la Paix. Publication : Plusieurs livres dont : Dialogue Interconfessionnel au Moyen-Orient.

Mohammad Shafiq est le Directeur Général du Centre d’Etude pour le dialogue interreligieux au Collège de Nazareth, à Rochester, New York. Il est Imam et participe activement dans plusieurs forums interconfessionnels. Publication : plus de 40 articles et plusieurs livres sur le dialogue interreligieux. « The Growth of Islamic Thought in North America » (amana, 1994).

2-  Présentation de l’oeuvre :

 

Rédigé par Muhammad Shafiq et Mohammed Abu-Nimer, ce livre a vu le jour dans le cadre d’un grand projet impliquant de très importantes Organisations interreligieuses telles qu’ILDC et Salam. Ces derniers ont organisé plusieurs réunions entre les principaux érudits musulmans et les chefs religieux pour aider à élaborer ce Guide. C’est une approche islamique dont l’objectif est une meilleure communication interconfessionnelle. Les auteurs exposent les problèmes éthiques et pratiques prudentes –en accord avec de nombreux versets coraniques- dont la plus importante directive coranique en la matière est « de discuter avec eux de la plus belle façon » (16 :125).  

 

 

A- LA RESURGENCE DU DIALOGUE INTERCONFESSIONNEL : Les musulmans, aux yeux des Occidentaux, portent l’image d’ennemis des autres religions. Les croisades, la Renaissance et les Orientalistes du 19è s. furent préjudiciables aux musulmans. Des mouvements de Libération et l’anticolonialisme se sont crées dans certains pays, surtout en Palestine, après la 2nd Guerre Mondiale. Les films hollywoodiens ont véhiculé une vision contraire à la vraie nature de l’Islam : Moïse et Jésus ont utilisé la lumière de la raison pour sauver les âmes alors que Mohammed a prêché avec l’épée et converti avec force. En sus, le 11 septembre, a provoqué une multitude de questions à propos de son message de paix. Cette date reste une épreuve pour les musulmans. Les arabes ont subit toutes sortes d’humiliations.  

 

B- LES OBJECTIONS DES MUSULMANS AU DIALOGUE : Certains musulmans s’opposent à toute participation par peur de créer une nouvelle religion. Ils sont sûrs que les rituels et prières communs sont une innovation. Pourtant le Coran dit que la beauté de l’humanité c’est la pluralité des communautés, sinon Dieu nous aurait formés d’une seule nation (10:99 et 5:48). D’autres pensent que ce dialogue est un appel à la conversion à l’Islam. Cela est faux. Les autres confessions seraient sur la défensive. Il n’y a pas de polémique dans ce dialogue moderne qui ne cherche nullement à créer une nouvelle religion ou l’abandon des piliers de l’Islam. Les Imams pourraient l’enseigner et ainsi réapprendre l’art de l’écoute, comprendre leurs similitudes et leurs différences à travers des discussions théologiques et philosophiques, évaluer la spiritualité des autres peuples par l’enseignement de leur histoire et travailler ensemble, avec un projet commun en relation avec la justice et l’aide humanitaire…

                                                                                           

C- REPONSE A L’OECUMENISME : HISTOIRE D’UN DIALOGUE : En 1910, a eu lieu la toute 1ère Conférence Mondiale des Missionnaires Chrétiens. Ce fut un échec en raison de leur supériorité envers les autres religions. Après la 2nd Guerre Mondiale, leurs efforts, divisés, restaient désastreux. Les Eglises y remédient en créant le Conseil Mondial des Eglises (WCC). En élaborant des stratégies actives pour travailler humainement avec les non Chrétiens, le WCC organise deux autres Conférences Mondiales, en 1961 et en 1967. Le Pape Jean XXIII, en 1962 met en place Vatican II. Ce qui aura pour finalité l’œcuménisme. Des échanges intra-religieux et interreligieux sur « le Patrimoine spirituel » débutent avec les Juifs et se poursuivent avec les Musulmans qui « croient en Un Dieu Unique et honorent tous les prophètes ». L’Indouisme est perçue, dorénavant, comme une religion à travers laquelle « Hommes et Femmes contemplent le mystère Divin » et le Bouddhisme « qui reconnait ses limites au Monde en mouvement ». L’œcuménisme est une étape majeure. Elle encourage la spiritualité et les vérités morales. Les musulmans pourraient en faire autant en se basant sur sa propre histoire qui n’est pas étrangère à ce type de dialogue. A l’instar de la communauté musulmane de Rochester de New York, ils y participeraient activement, créeraient un pont avec les autres communautés religieuses et protégeraient ainsi tous les musulmans des environs.

 

D- LES ARGUMENTS DES OPPOSANTS : Les opposants utilisent certains versets du Coran pour appuyer leurs arguments alors qu’au contraire le Coran et les Hadith confirment le dialogue entre musulmans et non musulmans. Se servant du verset (2 :120), ils condamnent tout dialogue. Heureusement, une approche scientifique de l’Histoire, révèle le contexte de ce verset : Dieu a demandé aux musulmans qui priaient vers Jérusalem, de prier dorénavant vers la Mecque. C’est dans ce seul cas que Dieu a dit que les Juifs et les Chrétiens en ce temps, ne seraient satisfaits jusqu’à ce que le prophète ne rallie leur croyance. Ce verset ne dit pas de rompre tout lien avec eux, mais les informe qu’une entente absolue est impossible. Par une mauvaise compréhension, les Musulmans accusent ces activités interreligieuses de tenter une expansion de la politique occidentale et d’éradiquer l’Islam. Cette crainte est justifiée du manque de confiance et d’endurance spirituelle. Ces déficiences proviennent d’absence d’opportunités de présenter l’Islam.

 

E- LES ARGUMENTS DES AUTEURS / INVITATION AU DIALOGUE                  

Avec le verset 3:110, le Coran appelle la communauté musulmane à devenir individuellement ou ensemble, « la meilleure communauté ». Beaucoup de Musulmans disent que le dialogue interreligieux est une possibilité que s’amenuise le devenir de « la meilleure communauté ». Ils oublient que le prophète s’est engagé lui-même par l’apport du dialogue. Le respect des « gens du Livre » n’est nullement de les aimer ou d’adorer leur religion dans le sens de devenir un seul avec les autres. Cette méthodologie du dialogue force d’elle-même les Musulmans à réexaminer et à reconfirmer leur propre identité religieuse. D’un coté plus optimiste, les communications avec l’occident et ses sociétés pluralistes peuvent apporter, individuellement, aux non Musulmans, la connaissance et la compréhension de l’Islam.  

 

MANUEL POUR LE DIALOGUE INTRA RELIGIEUX ET INTERRELIGIEUX. Si les différences entre des personnes de même confession où de confessions différentes sont naturelles, Mohammad Shafiq insiste sur le faite qu’il est plus difficile de mettre en place avec succès un dialogue entre les Musulmans de différentes doctrines que de mettre en place un dialogue interreligieux. Les musulmans restent divisés mais ne veulent pas le reconnaître, ce qui rend plus difficile le dialogue intra-religieux pour les leaders. En général, beaucoup d’imams ne sont pas entraînés aux règles et aux codes (adab) pour discuter dans ce type de dialogue. Les autres communautés religieuses ont depuis longtemps acquis l’expérience de l’engagement intra-religieux. Ils ont évolué en pratiquant la technique de ce dialogue et sont donc plus enclin à s’ouvrir et écouter les autres. Les auteurs illustrent plusieurs principes de directives coraniques décrites à la page 23 : des techniques de communications qui pourraient être enseignés en direction des musulmans comme être polis et s’éloigner de la haine, parler avec douceur, ne pas médire sur autrui ni des autres religions, proscrire la colère et être tout pardon, patient, équitable et respecter la dignité humaine.

Pour qu’un dialogue intra-religieux réussisse, les Musulmans ont intérêt à développer ces compétences fondamentales. Si pour les communautés vivant dans l’Ouest, le dialogue interreligieux devient une nécessité, le dialogue intra-religieux l’est encore plus. Elle garantit une meilleure cohérence entre Musulmans et apporte l’Unité surtout en ce qui concerne la solidarité musulmane. Une bonne organisation des Musulmans sera plus respectable et aura plus d’impact, lors des dialogues interreligieux, qu’une communauté désorganisée.

 

Les auteurs demandent aux leaders de ces rencontres d’avoir toujours en tête qu’ils sont, avant tout, les représentants de l’Islam et de son prophète qui enseigne une attitude positive. Leurs comportements doivent être le reflet des ces principes. Il est donc essentiel, pour fonder de bonnes bases, d’avoir une bonne éducation (adab) et de bonnes manières. Pour les aider, il existe un manuel, en dix commandements, du dialogue interreligieux publié par Léonard Swidler (Temple University, Département of Religion) dont les détailles peuvent être lus à la page 25. Le même type de manuel existe aussi du coté musulman, en cinq commandements, écrit par Isma’il R. Al-Faruqi (professeur de M.Shafiq et pionnier de ce type de dialogue).  

“AHL AL ‘ADL WA AL TAWHID” Les adeptes de la justice et de l’Unicité absolue

Irak
Irak

On ne peut étudier la pensée islamique sans avoir pris connaissance de la pensée Mu’tazilite. Cette école de pensée fut les prémices d’une pensée responsable, à l’origine de la première école théologique de l’Islam, le Kalam. Ce voyage dans le temps est capital pour tenter de comprendre l’évolution de la pensée musulmane depuis sa genèse. L’enjeu pour « ces hommes très pieux qui s’étaient retirés des plaisirs de la vie », était de poser le fondement d’un dogme islamique qui fait, aujourd’hui encore, couler beaucoup d’encre sur des interrogations contemporaines liées à la place de l’homme dans la création et de ses limites sur sa raison humaine.

Faut-il limiter la raison pour ne pas sombrer dans les passions (sous entendu, bas instincts) ? Ou faire le choix, comme l’ont fait les Mu’tazilites, à ne pas la limiter et prendre en compte toutes les données scientifiques de son époque, aux réflexions intellectuelles et pour l’interprétation du Coran ? La connaissance de Dieu pour « sonder » Sa volonté reste primordiale pour l’homme. Dieu dit : « Que s’ils ne peuvent te répondre, alors sache qu’ils ne font que suivre leur passions. Qui s’égare plus loin que ceux qui suivent leurs passions, sans nulle guidance de Dieu ?… » ; « Oui, Nous avons fait que les atteignît la parole, dans l’espoir qu’ils réfléchiraient. »[1]. Cette prise de conscience est d’autant plus justifiable qu’aujourd’hui deux civilisations, deux fonctionnements de pensée s’opposent. La pensée occidentale d’un côté, où la raison a pris le pas sur la civilisation islamique mais qui a aussi étouffé la spiritualité en substituant la raison humaine à Dieu ; Et le constat en l’état de la pensée islamique -décelant très tôt les dangers d’une raison à outrance- à tort ou à raison, s’est refermée, en réaction, sur son patrimoine. Ce renfermement a eu pour conséquence l’empêchement d’une pensée créatrice qui fait défaut dans la pensée moderne. Dieu nous dit pourtant : « Il n’est au pouvoir d’aucune âme de croire, si ce n’est sur licence de Dieu. Et Dieu jette l’opprobre sur ceux qui se refusent à la raison. »[2]

Génèse

L’origine du Mu’tazilisme s’est établit dès le début de l’Islam. Son histoire débute au VIIIème siècle et disparait au XIIIème siècle. La dénomination de Mu’tazilite vient de l’arabe, mu’tazila et du participe d’I’tizala, « se séparer ». Elle était donnée à tous ceux qui ne prenaient pas partie, et qui se sont donc retirés de la communauté musulmane en se mettant « à l’écart »[3]. Dès les premiers temps du Khalifa, en particulier après l’assassinat du troisième khalife ‘Uthman et pendant le règne de son successeur ‘Ali, des guerres sanglantes sont apparues, conséquence des rivalités politiques qui opposaient la communauté musulmane entre partisans d’’Ali et ceux qui voulaient venger la mort d’’Uthman. La confusion envahissait les esprits quant à la culpabilité de l’un des camps et à propos du statut de fasiq. Il s’agissait de savoir si un musulman, commettant une faute grave (kabira), était mécréant. Sur cette question deux sectes se formèrent les Murjites et les kharajites.[4] Pour l’opinion générale le fasiq n’est pas un infidèle (kufr). Conformément aux textes du Coran, il correspondrait à celui qui nie la prophétie et ne reconnaît pas l’existence de Dieu. C’est au milieu de ces troubles et de ces divergences d’opinions que les Mu’tazilites firent leur apparition. Lorsque leur chef de fil, Wassil ibn ‘Atta s’opposa à son maître Hassan al Basri à propos de ce débat en énonçant : « Je dis que celui qui commet une mauvaise action majeure n’est ni croyant ni mécréant. Il est entre les deux positions ». Il quitta le cercle d’Hassan al Basri, se retira dans la mosquée, suivi de ceux qui se rangeaient à ses idées.

Le Tawhid

Les Mu’tazilites référence absolue à l’Unicité de Dieu et à Sa Justice divine, (ahl al ‘adl wa al Tawhid) reste les initiateurs du Kalam. Elle permit ainsi d’élaborer le Dogme musulman le plus important qu’est le Tawhid. Grands défenseurs de l’Unicité absolue (Tawhid) contre les théories trinitaires chrétiennes, les Mu’tazilites se dotaient intellectuellement, de rationalisme, de logique et de philosophie, dans l’objectif d’un dialogue ouvert avec l’autre pour développer une théorie scientifique de la ‘Aqida. A cette époque en effet les Tawhidites s’étaient armés par le Kalam dans le combat contre ceux qui ne croyaient pas à la prophétie de Mohammed (sws). Non seulement envers les Chrétiens mais aussi face aux nombreuses attaques athées, dont ibn Al Rawindi, l’apostat, en était un exemple. Par la suite ils entretenaient des discussions dialectiques intra-religieuses pour protéger l’Unicité Absolue de Dieu. Au départ, c’est en réaction de défense que les Mu’tazilites vont développer une technique de démonstration d’un rationalisme et d’une logique qui peut sembler exagérée mais est, en tout cas, pertinente. Ce fut dans le but de réduire à néant leurs adversaires Chrétiens et certains musulmans qui, pour ces derniers, attachés à la lettre du Coran, auquel ils vouaient un véritable culte, les faisant basculer inévitablement vers l’anthropomorphisme.

Les attributs d’actes d’essence

Les Chrétiens voulant faire accepter le dogme de la trinité aux Musulmans, prirent en exemple trois attributs (sifat), au hasard, de Dieu. Le Vivant, La Parole, Le Sage… Escomptant que les musulmans acceptent que le Vivant, La Parole et Le Sage caractérisent les personnes divines en Dieu, comme l’étaient, dans leur théologie le Père, le Fils et le Saint Esprit. C’est pour contre-attaquer que le Mu’tazilites vont énoncer que les attributs du Divin dans le Coran sont d’essence divine. Ses attributs ne peuvent pas exister séparés de l’essence. Si c’était le cas, ces Attributs seraient éternels comme Dieu, ce qui induit qu’il y aurait plusieurs éternelles. Par conséquent le principe d’unicité absolue n’est plus respecté. Pour les Mu’tazilites, Dieu n’est pas Savant par sa Science, Parole par sa Parole, Sage par sa Sagesse. Ils le sont par son essence. Trois siècles plus tard, évoquant la trinité chrétienne, Averroès, dans son œuvre, le Grand Commentaire Moyen, explique la contradiction qui consiste à penser trois en un : « Par conséquent les Chrétiens se sont trompés en affirmant l’unité dans la substance, et ce n’est pas se soustraire à l’erreur que de prétendre comme ils le font, qu’en Dieu la trinité se résout à l’unité ». Se basant sur les écrits de Saint Basile[6], citant les termes comme ousia (essence) et hupostasis (substrat), renvoyait à la koiné phusis, l’ousia (la nature commune à l’essence) alors que l’hupostasis (substrat) est renvoyé à tel individu déterminé. Ce qui veut dire « que le nom d’Ousia (essence) serve uniquement à désigner la nature commune à tous les individus d’une même espèce ». Dans ce cas, conclut-il, la question est de se demander si le Fils, le Christ, est d’une autre ousia (essence) que le Père ? Averroès fait le parallèle entre Chrétiens et Musulmans (ash’arites[7]) qui se trompent sur la nature de Dieu. A son sens, ils multiplient les essences (al-jawhar) de Dieu et menacent son unité. « Les deux principes (celui des théologiens Chrétiens et Musulmans ash’arites) supposent la composition » Or « tout composé est produit, à moins qu’ils prétendent qu’il existe des choses qui sont composées par elles-mêmes. Mais s’il existait de telles choses, elles passeraient d’elles-mêmes de la puissance à l’acte et se mouvraient elles-mêmes sans moteur ». Les Chrétiens et les Ashariya sont tombés dans le même piège : ils ont séparé les Attributs divin avec l’essence.

Le Coran est-il crée ?

C’est dans cette perspective de trahison du Tawhid que les Mu’tazilites vont parler du Coran créé. Ils ne remettent pas en cause l’origine divine du Coran mais la « divinité » de cette « parole », car cette parole est humaine, sinon, comment pourrions-nous interpréter la Parole de Dieu si cette Parole Eternelle est le Coran ?

Jacques Berque parle « d’inverbialisme », ce qui m’amène à faire un parallèle avec Jésus (psl) qui est la Parole de Dieu et le Coran qui est aussi la Parole de Dieu. Le risque ici est de même nature : « l’inverbialisme » du Coran comme de Jésus. Or, nous savons par le Coran, et plusieurs Hadith[8], que Jésus est un humain, qu’il est en effet depuis plus de deux mille ans toujours vivant mais qu’il va mourir quand il reviendra sur terre. Preuve qu’il n’est pas éternel car seul Dieu est l’Eternel.[9]

Pour Averroès -pour qui les textes mu’tazilites n’étaient pas parvenus en Andalousie, que par le biais de leurs adversaires- pense que le Coran « incréé» ou «éternel », rendrait impossible la croyance en la contingence. Si le Coran était incréé et éternel, cela induit forcément que se qui y est raconté, comme l’histoire des prophètes juifs, la vie de Mohammed (sws) et de sa jeune communauté aurait été décidé de toute éternité par Dieu. Cette thèse exclurait une délibération humaine et ne donnerait pas la place nécessaire à la responsabilité (Mukallaf) que Dieu a accordée à l’homme dans Sa création. Il est très critique envers les théologiens pour qui les interprétations théologiques n’ont qu’une valeur sophistique. Critique en particulier envers les Ash’arites qui « ont basé un grand nombre de leur doctrines sur du faux car ils nient plus d’une vérité nécessaire, comme la permanence des accidents, l’action des choses les unes sur les autres, l’existence des causes nécessaires aux effets ».

C’est pourquoi Averroès dit que les théologiens[10] présentent des questions spéculatives et « causent l’égarement du plus grand nombre ». Pour lui tout n’est pas dialectisable. On ne posera pas la question théologique de la création de la parole divine. La méthode aristotélicienne, qui interdit de soumettre tout et n’importe quoi à la question, se contentera de dire que du point de vue de l’ouïe, de ce qui est entendu, il n’y a aucun miracle de la parole divine car on peut l’entendre, le comprendre, l’interpréter. On exclura tout ce qui nous éloigne inévitablement d’un consensus théologique. Le Coran est miraculeux du point de vue de sa constitution et cette état n’est pas discutable parce qu’il amène enfin au consensus.

La responsabilité humaine :

Mohammed Iqbal, dans son œuvre « reconstruire la pensée religieuse de l’Islam », critique pourtant sévèrement le mu’tazilisme qui réduit la religion à un ensemble de concepts logiques dénués de contrainte, mais s’accorde complètement avec la thèse énoncée que « le premier acte de désobéissance de l’homme fut aussi son premier acte de libre choix… ». Fakhr al din al Razi,[11] disciple de la pensée d’Avicenne, cherche à concilier le mu’tazilisme à l’ash‘arisme. Se rangeant néanmoins à la pensée de ces derniers, al Razi restait sensible à certains arguments mu’tazilites. Sur la question du rapport de la liberté humaine à la toute puissance divine, il s’accordait à l’affirmation que la responsabilité de l’homme (mukallaf), devant la Loi que Dieu leur prescrit est la preuve que l’homme est libre.

Si Dieu est Juste, le mal ne peut pas être créé par Lui, mais c’est l’homme qui est responsable de ses actes. L’Homme doit assumer ses actes, c’est pour ses actes qu’il sera jugé. Cette conception rationnelle des Mu’tazilites, basée sur le principe de la justice absolue de Dieu à laquelle ils adhéraient corps et âme, les amenèrent à affirmer que l’homme crée ses actes. A leur sens, Dieu ne fait que le bien et Il ne peut créer des hommes infidèles et impies, ni créer des actes de même nature. Même si c’est en Son pouvoir parce que Son pouvoir est absolu, Il ne le fait pas. Ce que Dieu crée c’est le pouvoir d’agir librement chez l’homme. « Si l’homme fait le mal, cela vient de lui-même ». Dieu a crée dès l’origine de l’homme, la capacité de choisir (ikhtiyar). En réfléchissant à cette logique, l’homme pourrait prendre en main son destin et s’incarner dans la création dans « une éthique de l’action et y produire la transformation désirée en reconnaissant la volonté de son maître le tout puissant »[12]. Chez les Mu’tazilites, l’idée de liberté et de justice divine purifie Dieu de tout mal. ‘Omar a dit : « fuir le destin de Dieu vers un autre destin » ou comme le dit aussi Ibn Qiyam al-Jouzia[13] : « l’Homme croyant n’est pas celui qui se soumet au destin, mais celui qui combat le destin pour un meilleur destin, préférable aux yeux de Dieu ». On ne les a pas traités d’incroyance ! Dans le cas contraire, l’homme reste dépendant de la conjoncture historique, dans l’esprit qu’il n’y peut rien. Il ne lui reste qu’à s’accrocher au Coran et à la Sunna et à ce que les Savants ont dit. Pour cet homme là, le seul moyen d’échapper à la malédiction divine, c’est de prier Allah pour ne pas être oublié dans l’arche de Noé.

Les Ash’arites disent que toutes les actions en relation avec Dieu sont bonnes ; s’il en était ainsi, il n’y aurait pas de bien en soi, mais seulement un bien par décision divine ! Par conséquent il n’y a pas de place pour la délibération humaine et pour la capacité à choisir ce qui est bon par sa conscience en relation avec Dieu. Ils s’opposent ainsi aux Mu’azilites à propos de la responsabilité humaine. Contrairement aux sunnites, les Mutazilites, disaient que le fait même de faire volontairement un acte strictement interdit fait quitter l’islam.

La grande rupture sur le concept de la Justice divine

Les Mu’tazilites reprochent à l’Ash’arisme d’avoir donné raison à la masse en colère par profit et opportunisme en élaborant un « syncrétisme » (mélange de doctrines). Cette critique est justifiée du fait qu’al Ash’ari, Mu’tazilite avec les Mu’tazilites jusqu’à l’âge de 41 ans, intervient et reprend l’orthodoxie à son propre compte. Al Ach’ari entame sa rupture avec sa propre école, au moment où ses coreligionnaires furent sacrifiés par Mutawakil[14]. Ce khalife, succédant au pouvoir dans un climat de tensions telles, qu’il n’avait d’autres possibilités que de donner raison à la masse en colère. Des rebellions sévissaient de toute part. Ibn Hanbal[15] attaque les Mu’tazilites sur la thèse de la création du Coran et sur les attributs divins. L’ash’arisme eu le génie de réunir toute les doctrines d’où l’appellation de « juste milieu »[16]. L’Ash’arisme arrive et permet de calmer tous les mécontents de l’inquisition ‘Abbasside (minha). Il faudra attendre une cinquantaine d’années pour que la nouvelle doctrine remplace définitivement l’ancienne. La vrai rupture est consommée, -on ne le cite que trop rarement- quand Hassan al Ash’ari pose la question piège pour laquelle Juba-î, son grand maître Mu’tazilite, n’a pas donné de réponse. Cette colle qu’Ash’ari pose à Juba-î, selon les chroniqueurs, se rapporte au concept de la justice divine (‘Adl). Al Ash’ari posa la question ainsi : Trois frères se trouvant dans l’haut delà ; l’un, par ses œuvres, est récompensé par Dieu et va au Paradis ; le deuxième, par ses mauvaises œuvres, va en enfer ; le troisième meure jeune, il se retrouve dans une sorte de limbe que les Mu’tazilites appelle « Manzila bayna mazilatayn », la demeure intermédiaire c’est-à-dire un état intermédiaire entre le paradis et l’enfer. Ainsi, on pensera que l’exigence de la doctrine mu’tazilite de la justice divine, fondée sur la raison, est respectée dans la destiné des trois frères. Al Ash’ari réplique à cette thèse : « pourquoi le troisième frère n’irait pas rejoindre son frère au paradis, puisqu’il est parti trop jeune et n’a en cela pas commis de péché ? » Juba-î lui répond qu’il doit s’estimer heureux de n’avoir pas subit le sort de son frère en enfer. Dieu, par son Omniscience, lui aura épargné l’enfer. Si Dieu l’avait laissé grandir il aurait été un pécheur. « Mais donc », faisant parler le second frère, qui s’adresse à Dieu : « pourquoi ne m’as-tu pas rappelé à toi, quand je n’étais qu’un enfant ? ». L’histoire dit que rendu perplexe, Juba-î n’a finalement pas donné de réponse.

C’est l’une des raisons principales qui a précipité, cette école de pensée à sa perte. L’élève supplante le maître : Abu’l’Hassan Al Ash’ari, en grand vainqueur, devient le fondateur de l’Ash’arisme, pensée sunnite majoritaire, jusqu’à nos jours. Mais, il est faux de croire que la pensée Mu’tazilite a disparu définitivement du patrimoine islamique. On entendit encore longtemps parler des Mu’tazilites par les polémistes d’écoles qui combattaient leurs thèses. Elle a été religion d’Etat sous le kalifat ‘abasside durant trois règnes[17]. Cette doctrine va néanmoins disparaître définitivement de la scène politique au XIIIème siècle. Elle ressuscitera à l’aube du XXème siècle avec le mouvement réformiste de la Nahda qui remettra au goût du jour leurs thèses pour tenter le renouveau de la pensée musulmane par Sa réforme profonde. Celle-ci ne pourra réussir que par son autocritique : qu’est-ce que nous avons fait ou laisser faire pour que l’Islam aujourd’hui subisse la mauvaise presse ? C’est de notre responsabilité que de chercher à comprendre ce qui s’est passé pour que cette pensée, si créatrice dès ses débuts, et durant des siècles, se voit figée à ce point, aujourd’hui. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de perdre le pacte que Dieu nous a honoré, celui de khalife sur terre. Parce que Dieu nous avertit : « Mon engagement ne s’applique pas aux injustes »[18]


[1] Coran, traduction française J. Berque : XXVIII : 50 et 51

[2] Coran X : 100

[3]Terme repris de Tabari, Chronique des Prophète et des rois, Trad. Hermann Zotemberg p. 801

[4] Murjites considèrent que l’homme n’est pas mécréant, même s’il fait un acte de désobéissance à Dieu. C’est l’amour de dieu qui prime. Les kharajites, plus extrêmes, considéraient que le fasiq est un mécréant

[5] Première école de théologie spéculative

[6] Contemporain de Thémistius IVème s.

[7] Abu’l’Hassan Al Ash’ari : citée plus bas. Fondateur de l’école ash’arites, pensée sunnite de l’orthodoxie musulmane.

[8] Dires du Prophète Mohammed (sws), tradition prophétique.

[9]Selon un Hadith Mutawatir narré par une multitude de personnes rapporté par Abu Houraya, « Jésus vivra 40 ans sur terre et qu’il mourra vers 77 ans »

[10] Sous-entendu les Mu’tazilites et les Ash’arites

[11] mort en 1228

[12]Ismaîl al Faruqi dans Al Tawhid, philosophie du monothéisme musulman, trad. J.L. Bour Ed. ITTT France, Paris,2006

[13] Imam al-Jouzia (m.1350) élève d’ibn Taymyyah, hanbalite

[14] 10ème khalife ‘abasside, règne en 847.

[15] L’Imâm Ahmad Ibn Hanbal, Né en 736, théologien, jurisconsulte et traditionnaliste musulman, une des 4 écoles sunnites porte son nom, l’école Hanbalite. Il fut persécuté et emprisonné pour s’être opposé aux Mu’tazilites.

[16] Ce concept du juste milieu est repris du Mu’tazilisme à ses origines.

[17] Sous Mamun (813-833), Mu’tassim (833-842) et Watiq (842-847)

[18] Sorate II : 124

SARKOZY : DE TOCQUEVILLE A LA RELIGION !

Marika El Haki

 

 

« Que faire d’un peuple maître de lui-même s’il n’est pas soumis à Dieu ? ». Ces mots, d’Alexis de  Tocqueville* -héritier du positivisme, mais partisan du rôle politique de la religion dans les sociétés démocratiques sécularisées-  placent ainsi au centre du débat, le vieux thème politico-religieux que nos précédents présidents n’auraient même pas osé mettre à l’ordre du jour, sans entacher la sacrée loi de la laïcité. Nicolas Sarkozy, lui, l’a fait !

Dans ses vœux aux Français, Nicolas Sarkozy s’est presque essoufflé sur le terme salvateur de « civilisation ». Dans l’article du Monde du 17 janvier, c’est le fondement même de la religion qu’il remet au goût du jour avançant que « Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux ». Le gage « d’espérance », dans la bouche de           N. Sarkozy, est le mentor de son élection à la place suprême de l’Etat laïc. Qu’il souhaite d’ailleurs ardemment « dépoussiérer » ! N’en déplaise à la majorité des Français, le Président parle à l’univers d’une « spiritualité des spiritualités » qui aurait sa place au niveau national et international, en particulier pour l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

La réflexion du sociologue, Alexis de Tocqueville, dans son Traité De la démocratie en Amérique, fait ressortir que la démocratie moderne passe par le fait religieux : « La religion n’est donc qu’une forme particulière de l’espérance et elle est

 

aussi naturelle au cœur humain que l’espérance elle-même. L’incrédulité est un accident… la religion tient à un des principes constitutifs de la nature humaine». L’Homme ne peut vivre sans la religion même si les révolutionnaires ont cherché des substituts existentiels aux questions qui angoissent l’Homme : « Ne cherchez pas à arracher aux hommes leurs anciennes opinions religieuses pour en substituer de nouvelles, de peur que dans le passage d’une foi à une autre, l’âme se trouvant brusquement un moment vide de croyances…». 

 

L’analyse tocquevillienne montre qu’aux Etats-Unis, au contraire de la France, le phénomène religieux fonctionne dans un système de démocratie à l’américaine. Si les croyances et pratiques restent limitées à «se tenir dans les bornes qui lui sont propres» elles libèrent l’être d’un certain nombre de questions essentielles en apportant des solutions. Celles-là demeurent une utilité sociale par le respect de l’individu avec la perspective de mœurs conservatrices. Quand le lien politique faiblit, le lien moral se resserre. La religion est un antidote, alors que l’égalitarisme à l’extrême engendre la dislocation du lien social. Tocqueville était sceptique face à une société basée sur le bien-être matériel sans limites. Cette société là va à sa perte.

 

Notre président de la république l’a bien compris. Il suffit d’observer comment sa campagne « d’ouverture » lui a permis d’introduire au centre des débats politiques : la création du CFCM, l’affaire du voile –allant jusqu’à s’entretenir avec le grand mufti d’Al-Azhar avant de se prononcer contre le voile-, sa réforme des abattoirs… Et l’établissement du ministère de l’Identité nationale qui -paradoxalement à l’image que ces termes véhiculent- aurait pu s’appeler « le ministère des religions ».

 

*A.de Tocqueville (1805/1859) : penseur politique,  Sociologue, historien. Source : De la démocratie en Amérique, religion et modernité politique (vol. I, p. 401, p. 403, vol. II, p. 32, vol. II, p. 182).

 

 

 

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